L’hypothèse d’un dieu se moquant des hommes et s’amusant dans son éternel ennui avec les péripéties de leur existence se présente parfois à l’esprit avec un air de vraisemblance. Renaud Camus, non sans humour, souligne ainsi qu’à deux pas du palais de où il était condamné en première instance, à la même heure, son ami Alain Finkielkraut était élu à l’Académie française.

Sa condamnation sous prétexte d’islamophobie et ma relaxe d’une prétendue homophobie paraissent nous séparer en tous points. Cependant, les audiences de nos deux affaires avaient lieu le même jour devant la fameuse 17e chambre qui veille sur ce que les lois laissent subsister en France de la liberté de la presse. Et Renaud Camus, dont j’apprécie le style et le souci permanent de ciseler notre langue, avait fait preuve d’une honnêteté intellectuelle indissociable, elle aussi, du personnage. En « témoin de moralité », il m’avait fourni une attestation de non-homophobie. Je n’ai malheureusement aucune qualité requise pour lui attribuer un certificat de non-islamophobie. Mais nos deux démarches revêtent malgré les apparences une étonnante similitude.

Nous sommes l’un et l’autre passionnément attachés à la conservation de notre civilisation. J’y inclus la religion chrétienne, sa conception de la famille, et les conséquences démographiques heureuses de celle-ci. Sur ce point, nous divergeons. Mais nous avons l’un et l’autre osé affronter la pensée unique imposée par les médias.

Lorsqu’en février 2012 j’étais interviewé par un site catholique à propos de ma proposition de loi contre l’accès des mineurs aux contenus pornographiques sur Internet (dont personne ne parle jamais), j’ai cru utile de répondre à une question qui n’était pas prévue sur les raisons pour lesquelles le « mariage » unisexe était accepté par 63 % de Français. Cet entretien était destiné à un public catholique. C’est une grande chaîne de radio qui lui a donné un retentissement inattendu. On a d’abord orchestré un harcèlement médiatique sur le thème du négationnisme, puis ne pouvant me poursuivre sur ce terrain où je disais la vérité, on a ensuite tenté de me faire condamner pour avoir dénoncé le poids du lobby et souligné le narcissisme à l’œuvre dans notre société. Pendant toute cette affaire qui m’a fait perdre mon mandat parlementaire, j’ai manifestement été la victime d’une chasse aux sorcières de la part de journalistes qui trahissent leur profession, et de politiciens vindicatifs, ignorants et paresseux.

Renaud Camus qui connaissait bien la question de la déportation homosexuelle pour avoir défendu la mémoire de Pierre Seel m’a soutenu, tout simplement parce qu’il savait que je disais la vérité. J’aurais aimé bénéficier du même soutien de la part des milieux catholiques, et notamment des organisateurs de La Manif pour tous… Les juges, avec mesure, ont considéré qu’il n’y avait aucun appel à la haine dans mes propos et que ceux-ci étaient trop peu sérieux pour revêtir un réel danger. Le problème n’est pas celui de la justice, mais celui de la loi et de ceux qui la font si mal pour des raisons idéologiques ou parfois bassement électorales.

Et voilà que Christine Boutin nous rejoint, Camus et moi. LGBT porte plainte contre elle pour avoir employé le mot d’abomination à propos de l’homosexualité. Elle est chrétienne affichée. Elle utilise le mot du Lévitique pour exprimer un jugement moral sur un comportement. Que ce mot soit désagréable est évident mais, précisément, il n’est pas interdit d’être désagréable lorsqu’on exprime une opinion. Sur ce point, la loi française est excessive et confuse. Juger une personne pour ce qu’elle est - pour sa couleur de peau, par exemple - n’est pas une opinion, mais juger ce qu’elle fait ou ce qu’elle pense devrait appartenir au libre débat. L’interdire est une atteinte à un droit de l’homme fondamental : la liberté de penser et d’exprimer cette pensée. Qui plus est, comme le reconnaît avec sincérité Renaud Camus, le déséquilibre des forces en présence - une ou plusieurs associations largement soutenues par des fonds publics ou privés, d’un côté, et une personne dénuée de moyens importants, de l’autre - peut décourager la « sorcière ». Le battage médiatique, avec ou sans condamnation, affaiblit de toute manière sa position. Il y a là un procédé pervers qui conduit à l’autocensure. Je souhaite pour ma part que Renaud Camus fasse appel et que Christine Boutin dépose à l’occasion de son « affaire » une Question prioritaire de constitutionnalité pour qu’on revienne sur ces lois liberticides, contraires aux principes fondamentaux de notre droit, et qui sont une honte pour le pays de Voltaire.

15 avril 2014

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