Quitte à choquer les lecteurs, je crois qu’on attend d’un pouvoir élu par le peuple qu’il ne soit pas gouverné par le peuple, mais qu’il le gouverne. Pour autant, si ce pouvoir élu reste insensible à la colère du peuple qui lui a confié son exercice, il se fourvoie et court à sa perte. Cet équilibre complexe a été détruit par les différents exécutifs qui se sont succédé à la tête des affaires de l’État au cours des dernières années, plus particulièrement sous les présidences de Nicolas Sarkozy et de François Hollande.

La rupture entre le peuple et la classe politique censée le représenter est consommée. Trop de trahisons, trop de promesses non tenues, trop de mépris ont eu raison de la confiance pourtant nécessaire qui doit lier les Français à leurs dirigeants. Le vol du référendum de 2005 en étant la plus parfaite illustration.

Un gouvernement qui décide toujours à contre-courant de l’opinion ne peut pas avoir « raison ». Suite au Brexit, Daniel Cohn-Bendit a affirmé que le peuple n’avait « pas toujours raison ». Philosophiquement, il n’a pas tout à fait tort, les peuples peuvent se tromper. Mais ils ont le droit de souverainement se tromper car ils sont légitimes à le faire. François Hollande et tirent leur légitimé du peuple français, qu’ils méprisent et qu’ils n’écoutent pas. Ils préfèrent suivre les feuilles de route données par l’Union européenne et la Kommandantur berlinoise.

Nous demanderons bientôt un divorce pour faute, en votant. Deux exemples seront apportés au dossier, démontrant l’autisme incroyable des socialistes. Toutes les enquêtes prouvaient que les Français étaient très majoritairement favorables à l’extension du champ d’application de la déchéance de nationalité : le gouvernement n’en a eu cure, renonçant à convaincre le Parlement. Aujourd’hui, les Français, dans toutes leurs sensibilités politiques, sont très majoritairement opposés à la loi Travail : le gouvernement n’en fait pas plus de cas. Qui représente le gouvernement ? Le peuple de France ou des intérêts supérieurs ? On est en droit de se poser la question.

Sans majorité, sans soutien populaire, Manuel Valls décide de passer en force la loi Travail en utilisant l’article 49-3, arme atomique constitutionnelle. En 2006, François Hollande n’hésitait pourtant pas à affirmer que « le 49-3 est une brutalité. Le 49-3 est un déni de démocratie. » Il était, comme à son habitude, démagogique. L’article 49-3 n’est pas une brutalité ou un déni de démocratie. Seul son usage immodéré l’est, à l’image de ce que fait maintenant François Hollande.

L’esprit de l’article 49-3 n’est pas de passer en force, de passer au-dessus de l’opinion publique. Cet article a été conçu pour permettre à l’exécutif d’accélérer des réformes en début de mandat, lesquelles devaient correspondre à des promesses électorales. En s’entêtant, Manuel Valls et François Hollande dégradent nos institutions et nos lois. Il ne faudra pas l’oublier.

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