Quand je vois le mécontentement des médecins vis-à-vis du projet de loi Touraine, je ne peux que me réjouir d’être parti en Angleterre.

Certains de mes patients anglais me demandent pourquoi je suis ici, vu la bonne réputation de la médecine française. Voici pourquoi : je me rappelle annoncer aux confrères de ma commune, en banlieue sud de Bordeaux, que j’allais émigrer, et les voir nombreux à m’exprimer que j’avais bien raison, combien ils étaient déçus et avaient perdu leurs illusions. Je comprends, à voir la grogne actuelle et en lisant quelques commentaires aigres dans Le Quotidien du médecin, que la situation ne s’est pas améliorée.

Alors, pourquoi les médecins ne sont-ils pas satisfaits de la généralisation annoncée du tiers payant ? Parce que c’est ajouter de la paperasse au travail du médecin : quand un patient paie la consultation, le médecin encaisse, et c’est après à chaque patient de vérifier s’il a été remboursé. Avec un tiers payant généralisé, ce sera au médecin de vérifier, de relancer une caisse ou une mutuelle (laquelle ? le saura-t-il aisément ?). Bref, au lieu de donner au praticien du temps pour se consacrer à son travail (la médecine), le gouvernement, par souci purement électoraliste et sans penser aux conséquences à long terme, demande plus de temps, plus de paperasse, et un retard au paiement aux médecins plutôt qu’aux caisses qui, elles, ont pour rôle (en principe) de s’occuper de la partie administrative.

Le souci électoraliste est évident. Les conséquences néfastes à long terme sont peut-être moins évidentes, mais pensez : si les médecins sont dégoûtés de pratiquer, croyez-vous que les étudiants vont avoir eux-mêmes la vocation ? Croyez-vous que des jeunes vont faire des études de 8 à 10 ans pour se sentir peu valorisés, mal payés, et se sentir taillables et corvéables à merci ? Les médecins ne peuvent pas se permettre d’être aux 35 heures par semaine, et prendre des vacances est loin d’être facile quand on est à son compte. Ma famille en Poitou me dit que les généralistes se font rares. Cherchez l’erreur !

Ici, en Grande-Bretagne, je fais le métier que j’ai toujours voulu faire, d’aussi loin que je me souvienne. Les soins sont gratuits en Angleterre. Je suis salarié. Je n’ai donc pas à me soucier de me faire payer et je peux me consacrer au travail que j’aime. Le système britannique est très pragmatique et ne se préoccupe pas d’idéologie. On comprend, ici, qu’un médecin doit être payé à faire ce pour quoi il a fait des études, pas à perdre son temps en administratif, ou le moins possible. C’est du simple bon sens.

Pour éviter le gâchis en France, il faut des objectifs clairs : valoriser l’expertise des médecins, en particulier en leur évitant des tâches indues, leur redonner des gages de leur utilité (statut, rémunération, horaires de travail) pour favoriser les vocations, car un médecin heureux sera plus efficace et disponible de sa personne. Des réponses simples peuvent surgir quand les objectifs sont clairs.

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