Editoriaux - Politique - Société - Table - 6 juin 2018

Loi ELAN : le handicap n’est plus une priorité pour Macron !

Voilà que sonne aujourd’hui le glas de ce que Macron avait pourtant appelé, durant sa campagne, « une priorité » : celle du handicap.

L’un des articles de la loi ELAN (Évolution du logement et aménagement numérique) sur le logement, qui a été adoptée en fin de semaine à l’Assemblée nationale, acte le passage de 100 % à 10 % de logements accessibles aux personnes handicapées dans la construction neuve.

Je voudrais rappeler ici, à toutes fins utiles, que l’une des avancées majeures de la loi du 11 février 2005 fut d’avoir orchestré l’un des fondements de l’égalité des droits et des chances, de la participation et de la citoyenneté des personnes handicapées qu’est l’accessibilité universalisée de la cité. Rendre les logements accessibles, cela n’efface certes pas la pathologie dont est victime la personne, mais cela a au moins le mérite d’en réduire l’impact au quotidien.

Il y a, en effet, un objectif concret derrière un aménagement de logement. Cet objectif est de rendre la personne plus autonome au quotidien, de lui donner la possibilité d’exprimer pleinement le potentiel qui est le sien, de faire d’un drame personnel une chance pour la société et, finalement, de définir son projet de vie. Une personne handicapée, comme une personne valide, a le droit de définir son projet de vie. Il faut, lorsque l’on parle de politique du handicap, avoir toujours cela à l’esprit. Il faut bien comprendre qu’une politique du handicap digne de ce nom ne pourra se faire et être véritablement efficace qu’avec les personnes en situation de handicap elles-mêmes et non contre elles. Or, ce que veulent les personnes en situation de handicap, c’est une aide personnalisée, adaptée à leurs besoins particuliers, dans l’environnement qui est le leur. En ce qu’il a comme conséquences sur la vie de la personne, le handicap appelle la compensation. En ce qu’il se rapporte à l’environnement, il appelle l’aménagement de cet environnement.

C’est de la jonction entre la volonté individuelle et la volonté collective que l’on peut attendre une plus grande liberté pour nos concitoyens handicapés.

Garantir l’accès de tous à la cité, voilà pourquoi l’aménagement du cadre bâti est essentiel. Il est, aujourd’hui, indispensable d’avoir « son chez-soi », sans cela on est plus ou moins en dehors du cercle et on éprouve alors de plus grandes difficultés à trouver sa place dans la dynamique d’ensemble et, de fait, par là même, à se forger une identité de citoyen. Le gouvernement ne devrait pas oublier qu’avoir un logement digne de ce nom constitue peut-être même plus encore pour les personnes handicapées que pour les valides une occasion de développement personnel autant qu’un élément de socialisation et d’intégration à la communauté nationale.

Mettre fin à l’obligation de rendre 100 % des logements accessibles aux handicapés n’est pas seulement inacceptable, ça revient à oublier, occulter, peut-être nier la liberté inhérente à la personne.

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