Editoriaux - Internet - Musique - Société - 14 décembre 2015

“L’œuf ne danse pas avec la pierre.” (proverbe africain)

La « toile », comme en art dit « contemporain », on ne sait si l’on a affaire à un canular ou à une prétention, parfois fort exagérée, au sérieux. C’est le cas d’une « performance » initiée par un groupe d’étudiants d’une école de commerce, qui, probablement infestés par le virus de la réclame convulsive, ont jugé qu’il était judicieux de s’écrabouiller un œuf sur le front ou sur le torse, afin de lutter contre l’extrémisme. Les coquilles éclatées mélangées au blanc gélatineux et au jaune pâteux dégoulinent sur le poil. Un avenir (un poussin, logiquement) est ainsi fracassé sauvagement. Cette farce est censée dissuader les apprentis terroristes de passer à l’acte.

Cette vidéo d'”agit-prop”, comme on disait dans le temps, s’est étalée sur les réseaux sociaux, comme une omelette. Ne manque pas, évidemment, la musique dramatique à souhait, et le ton grave des récitants.

https://www.youtube.com/watch?v=Uv3qFmv9hJQ

Ces jeunes gens, probablement, ont dû cogiter ferme les concepts de la sémiologie universitaire. Les métaphores, synecdoques, métonymies, signifiants, signifiés, signes, dénotations, connotations et tous les joyeux instruments de la communication publicitaire ont dû passer au bain marie de la théorie, pour parsemer la salade virtuelle d’Internet. Au fond, cette campagne n’est pas si « maladroite », puisqu’elle a réussi à se propager et à faire parler d’elle. Le groupe recevra sans doute les 2000 dollars promis aux étudiants qui agissent contre l’extrémisme.

Le ridicule réside ailleurs. Comment, en effet, reprocher à ces zélés propagandistes la nullité intellectuelle de leur démarche, quand les politiciens, dans leurs déclarations, leurs raccourcis et leurs réductions, ont l’habitude de travestir la pensée en puérilités pour idiots ? Dernièrement, nous avons appris que le Front national, c’était Daech, par exemple.

Pense-t-on vraiment, en outre, combattre le djihadisme sur son propre terrain, avec des œufs brisés, quand les islamistes, sur le terrain, étripent, décapitent, brûlent, écrasent, torturent, violent, suscitant une sidération et une fascinations qui remuent les ressentiments de beaucoup, et attirent, comme la pourriture appelle les mouches ? Contre la pierre, la pierre.

Ce message plein de bonne volonté mièvre et naïve restera comme un témoignage remarquable de l’effondrement intellectuel de toute une période. On croit combattre la barbarie avec de la “moraline”, avec la bouillie du cœur. Une génération formatée par les enfantillages bon marché de l’Ecole pond des bons sentiments, avec la gravité de prêcheurs en chair. Leurs ancêtres soixante-huitards, de fait, étaient beaucoup plus amusants (et efficaces).

À lire aussi

Laurence Saillet, ancienne porte-parole des LR, chroniqueuse chez Hanouna : la ruée vers la carrière médiatique

Cette dérive, qui nous vient d'Amérique, est un symptôme supplémentaire du pourrissement d…