Editoriaux - Justice - Politique - Société - Table - 9 octobre 2014

LMPT : redéploiement ou repli ?

Aigre ou amer, les dernières vendanges de la Manif pour tous, ce dimanche 5 octobre, laissent un arrière-goût. Le cru de cet automne est un peu court en bouche avec une forte pointe d’algue marine, moins tourbé et plus clairet : pas un vin de garde.

Le problème de LMPT est que, depuis l’éviction de Frigide Barjot, sa base s’est drastiquement rétrécie jusqu’à se confondre en ombre portée de la droite catholique. Abandonnée en rase campagne, la mouvance laïque qui, sans croire au ciel, se réfère comme Sylviane Agacinski à une loi naturelle dont elle sait qu’elle dépasse l’homme. Abandonnés aussi, les musulmans attachés aux mêmes principes, défendus par Farida Belghoul.

Bref, la belle majorité, qui se dégageait en 2013 en faveur de la filiation réservée aux couples et non aux paires, a volé en éclat. Désormais, 73 % des Français seraient favorables au « mariage pour tous ». Cette donnée doit être prise en compte. Il est parfaitement nécessaire de vouloir l’abrogation de la loi Taubira. Elle reste un but à atteindre à moyen terme ; mais une parole prophétique doit supporter des paliers. Il faut donc  imaginer une stratégie qui se fixe un objectif prioritaire : placer la filiation hors de portée des paires homosexuelles et de toute volonté de marchandisation de la personne humaine. Un tel objectif peut rassembler la maior et sanior pars de la nation.

La constitutionnalisation du mariage comme union d’un homme et d’une femme apparaît, alors, comme la seule stratégie gagnante car c’est la pointe de diamant où se retrouvent les principales composantes de la société. Cette solution neutraliserait la loi Taubira en maintenant l’union civile. On peut le regretter, mais c’est tellement secondaire par rapport à l’enjeu anthropologique de la filiation qu’il faut y mettre la pédale douce.     

Les catholiques doivent se défaire de leurs réflexes de feue la chrétienté : avec à peine 10 % de l’électorat, ils sont appelés à être le levain dans la pâte. Leur principe actif les oblige à respecter la nature politique et sociale de la pâte pour la faire lever dans les meilleures conditions de liberté et de justice. Le temps du politique n’est pas celui du prophète et le chrétien doit concilier leurs différents registres. La démocratie post-moderne sombre dans une pathologie du désir passionnel et désordonné : forts de leur intelligence plurimillénaire, l’Église et les chrétiens doivent remettre la raison au cœur du politique pour rétablir un véritable bien commun (cf. Benoît XVI). Et cela avec toute l’humilité du levain.

Qu’on se souvienne du dialogue polonais, entre laïcs issus du socialisme et catholiques, ou de la Charte 77 qui unissait Havel, Patočka et des chrétiens : c’est par la vertu de ce dialogue de raison que s’est effondrée l’illusion communiste. Le mensonge du libertarisme et de son « changement de civilisation » se volatilisera de même si la mystique initiale de LMPT ne se dégrade pas en rapport de force partisan. Sans se renier, elle doit retrouver les mots capables de réconcilier la mouvance laïque qui l’a désertée et de rallier les musulmans hérissés par la lecture idéologique du laïcisme permissif.

On peut, par intransigeance, perdre le magnifique élan populaire qui a remué l’an dernier la France en ses entrailles. Instrumentaliser cet élan au profit du catholicisme, c’est ne pas percevoir que le temps qui s’ouvre est pédagogique : la nation aspire à se réenseigner à ses sources. Elle a besoin de réconciliation après le traitement ignoble que lui a infligé la gauche au pouvoir. La première « divine surprise » serait, pour les chrétiens, la réconciliation de deux stratégies complémentaires : celle, laïque, de Frigide Barjot et celle, catholique, de Ludovine de La Rochère. Pour les politiques à la parole défaillante, ce serait un témoignage d’espérance.

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