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Dans ses précédents ouvrages, Alain Minc, grand ami de Nicolas Sarkozy, montrait sa sympathie pour le social-libéralisme. Délaissant ses analyses et prises de positions économiques, il lance un Vive l’Allemagne ! que l’on peut entendre comme un cri bien provocateur.

Le triomphe électoral de Madame Merkel marque la forte dégradation du rapport de forces franco-allemand. Vus du côté français, tous les indicateurs économiques sont au rouge. Ces résultats consternants relancent une germanophobie que l’on pouvait croire disparue. L’Allemagne étourdit par sa réussite et donne le vertige.

Alain Minc déclare : « L’Allemagne est désormais, à mes yeux, le pays le plus démocratique et le plus sain d’Europe. » Cela mérite quelques explications. Il suffit de porter un regard glacé sur l’histoire politique de l’Allemagne après l’écroulement du IIIe Reich, un pays en ruines dont la population était confrontée à l’horreur absolue. Rude tâche d’accepter les faits, de tenter de se purifier nolens volens d’un passé écrasant. Vint le temps de la dénazification, menée sans habileté par les vainqueurs : il faut accepter alors les faits. Et les faits imposaient que le pays soit condamné à la partition. Malheur aux vaincus ! D’un côté l’URSS, de l’autre l’occupation alliée. Vint encore le temps du désengagement des forces alliées, celui de la renaissance d’une nation, le début de la construction européenne. L’histoire s’accélérait. Et le Mur tomba. La RDA apparaissait dans sa désolante nudité. Il fallait réunir deux univers que tout opposait. Après la lobotomie marxiste-léniniste s’imposait la nécessité d’une rude thérapie.

Après la réunification, il fallait abandonner la souveraineté d’un Mark triomphant pour s’embarquer dans l’aventure incertaine de l’euro. Quel inventaire impressionnant, lequel, soyons honnête, laisse pantois les Français que nous sommes.

Dans ce tableau comparatif entre la France et l’Allemagne, Alain Minc évoque, non sans une certaine cruauté, les difficultés de l’insertion dans l’hexagone d’un million de pieds-noirs. La République fédérale, elle, doit absorber quelque 17 millions de ses citoyens, séparés d’un autre monde, ne partageant ni les mêmes références, ni les mêmes valeurs.

Alain Minc force les lecteurs à sortir de leur narcissisme douillet et si complaisant pour aller regarder ce qui se passe de l’autre côté du Rhin. On lui sait gré de nous montrer cette succession de mutations qui firent d’un pays ravagé la première puissance économique du continent européen.

Dans ce Vive l’Allemagne !, Alain Minc explique ses craintes et ses réserves face à un triomphe économique qui lui paraît éminemment précaire. Forte de sa puissance, jalousée, décriée, l’Allemagne pourrait avoir tendance à se recroqueviller comme un escargot au fond de sa coquille. Elle ressemblerait alors à une vaste Suisse ayant pour ligne de conduite une simple devise : pas de bulles, pas de vagues, et vivons paisiblement chez nous en jouissant de la prospérité.

Prenant à contrepied les déclarations de nombreux hommes politiques majoritairement de gauche, qui dénoncent un hypothétique impérialisme allemand, il exhorte à faire en sorte que l’Allemagne ne s’enferme pas dans un isolement dédaigneux. Il faut tendre la main à l’Ami Fritz, l’aider à assumer pleinement son rôle de grande puissance.

Alain Minc carambole, fait des cabrioles et se laisse aller à jouer avec ce troublant paradoxe.

Son regard pétillant nous invite à découvrir cet univers d’outre-Rhin que l’on enferme trop souvent dans une multitude de clichés et d’idées reçues. Partons avec lui à la découverte de cet autre monde. Une invitation salutaire.

27 novembre 2013

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