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Christian Venard n’est pas un “para” comme les autres. Sa mission : fournir un accompagnement spirituel à son régiment. Son arme de prédilection : une “valise chapelle” contenant missel, calice et linges d’autel. Sur son béret rouge : un insigne composé de deux rameaux d’olivier, symbole de la paix, au centre desquels se dresse la croix. Il est ce qu’on appelle dans le jargon militaire un “padre ».

La vocation d’aumônier des armées peut faire figure d’anachronisme. À quoi bon perpétuer cette tradition initiée par Saint Louis ? Les ordres légendaires de moines-soldats ont disparu depuis longtemps. La loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905 a atomisé l’alliance venue du fond des âges, entre pouvoir religieux et pouvoir politique, institutionnalisée en France par Clovis. Christian Venard serait-il un nostalgique des temps sacrés?

Petit-fils de légionnaire, fils de Saint-Cyrien, son destin semble avoir frappé au berceau. Sa carrière débute pourtant sous les auspices de l’entreprenariat : il se décide à créer une entreprise. L’affaire marche mais sa légende personnelle le rattrape. Et une philosophie : “Est-ce que j’accepte de vivre ?” Il entre au séminaire français de Rome en 1992, conquis par la “grâce civilisationnelle” de la capitale italienne et par sa rencontre avec Jean-Paul II.

Après son ordination, il s’enrôle au sein de la 11e division parachutiste à Toulouse. S’ensuivent plusieurs années d’«opex », au sein de la KFOR du Kosovo et de la FINUL du Liban, conflit gavés de sens pour un chrétien. Dans un élan d’altruisme insatiable, il sillonne les montagnes d’Afghanistan où l’air pur a laissé place depuis longtemps à l’odeur âcre de la mort. Il emboîte ensuite le pas de la Licorne en Côte d’Ivoire et du Serval au Mali, quand il n’est pas dans le sillage du vieil Épervier tchadien.

Ereinté par le front et le caractère paradoxal de son engagement, son paquetage sur le dos, il se réserve un repos bien mérité à l’arrière. Mais son Dieu n’en a pas fini avec lui. Intégré au sein du 17e RGP de Montauban, il assiste à la tuerie perpétrée par Mohamed Merah et accompagne deux de ses victimes dans leur dernier voyage. Sa force tranquille est mise à l’épreuve. Des doutes assaillent celui qui reconnaît très humainement la « sensation prométhéenne et esthétique » de la guerre. Un break s’imposait.

Blotti dans sa maison du Périgord, il reçoit le journaliste Guillaume Zeller et lui offre son intimité. Ce fanatique du bon sens qui se situe donc à la croisée des époques pose un regard lucide et tempéré sur les dérives spectaculaires de son temps, s’interrogeant sur l’avènement de la laïcité comme idéologie pilier de la République, sur l’instrumentalisation des conflits ou encore sur la dimension éthique des guerres technologiques ; avec en ligne de mire une « certaine idée de la France » qui nous est si chère. La remise en question est salutaire, l’hommage à ses « gars » sincère, les écueils du narcissisme sont évités avec brio. Mission accomplie.

14 janvier 2014

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