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Intellectuel, philosophe et politologue, Alain de Benoist est donc un touche-tout de génie, ainsi qu’en attestent ses entretiens réguliers dans Boulevard Voltaire, bienheureusement rassemblées dans un substantiel opus qui fera date. Doté d’une incroyable culture encyclopédique, ses lignes sont autant de partitions où hommes, vocables et concepts s’accordent harmonieusement à l’oreille de l’âme, dans une langue toujours élégante, dont la limpidité dévoile la quintessence des champs explorés. Sorte de Platon moderne, il n’a pas son pareil pour hisser le lecteur aux firmaments insoupçonnés de sa propre intelligence. Une rafraîchissante « cure d’altitude mentale » aurait dit Proust.

Mais Alain de Benoist n’est nullement prisonnier de sa caverne. En mémorialiste acéré, il tient la chronique rigoureuse de notre postmodernité liquide, liquéfiante et liquidatrice. A travers un mot, un détail, une posture, saisir d’abord l’esprit du temps pour, ensuite, le décanter au tamis d’une analyse reposant, indiscutablement, sur des raisonnements structurés et documentés. Les galets invariants sous l’écume instable de la pensée unique, en écho à l’ouvrage qu’il publia, voici quinze ans, pour témoigner de ce que, déjà, le XXIe siècle couvait sous les cendres encore chaudes de la décennie 90.

En honnête homme authentique, fidèle à sa devise qui irrigue toute son œuvre, ("le style c’est l’homme"), Alain de Benoist réactualise une pensée, celle d’une bien mal nommée « Nouvelle droite », développée jadis dans des ouvrages devenus des classiques, tels Vu de , Critiques-Théoriques ou son incontournable – et initiatique – biographie intellectuelle, Mémoire vive. Survivre à la pensée unique (sous-titré « l’actualité en questions ») revisite les grands thèmes « bénédictins » comme « l’idéologie du progrès », la « société civile », l’écologie, le « nomos de la terre », le travail (versus capital), la « reductio ad hitlerum », « l’Occident » « l’impolitique », le « racialisme » antiraciste, le « traditionisme » païen…, à la lumière ardente mais fugace – et futile – d’une actualité dont les serviles plumitifs ne saisissent plus aucunement les ressorts historiques, métapolitiques ou psycho-anthropologiques.

Certes, on ne le rejoindra pas sur tout. Voire, pourrait-on trouver que notre génial intellectuel sacrifie – tout en s’en défendant vigoureusement – à la mode d’un économisme artificiel. Ainsi, par exemple, pour pertinente qu’elle soit, sa corrélation entre hausse du coût du chômage et hausse du capital, semble à peine effleurer l’essentiel : la pénurie du travail dont l’éclatante preuve se niche dans la substantivation de ce dernier en « emplois » interchangeables, précaires, désincarnés. Dans un autre registre, sociétal cette fois, l’auteur estime « un peu exagéré » que « les adversaires du "mariage pour tous" » aient présenté « le mariage gay comme un "bouleversement anthropologique" ou un "changement de civilisation" ». Or, n’est-il pas paradoxal de pointer l’évidente consanguinité idéologique entre le libéralisme économique et le libéralisme des mœurs (le consumérisme hédoniste de marché) tout en stoppant au milieu du gué et sous-estimer le fait que la satisfaction institutionnelle d’une revendication minoritaire constitue un précédent qui établit un véritable rapport d’équipollence entre les moyens et les fins, susceptible, en effet, d’affecter la tectonique civilisationnelle ? Hier, le « mariage » homosexuel, demain la GPA et après-demain l’identité de genre ? Et bientôt, des cyborgs, stade ultime de la déshumanisation de l’homme ?

Bref, autant de passionnants débats de fond sur une actualité qu'Alain ed Benoist parvient, nonobstant, à sublimer par une discussion philosophique de haut niveau, avec le concours avisé de Nicolas Gauthier, dans le rôle du dialecticien platonicien. Enfin, gageons avec l’auteur qu’il n’y a nul désaccords qu’un commun amour des chats ne puisse vaincre : "quand on rencontre quelqu’un qui n’aime pas les chats, on sait tout de suite qu’on ne s’entendra pas avec lui". Finement observé.

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11 décembre 2015

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