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Livre / Profession cinéaste politiquement incorrect, de Jacques Dupont

Jacques Dupont est un grand cinéaste ayant tourné peu de films, hormis Les Distractions, un brin Nouvelle Vague avec un Jean-Paul Belmondo en mode Godard et une Mireille Darc qui apparaissait pour la première fois à l’écran. En revanche, son véritable film fut celui de sa vie, aujourd’hui retracée en ses mémoire posthumes. Jacques Dupont, quoi de plus franchouillard que ce patronyme… Et pourtant.

Né d’une famille d’extraction modeste mais n’ayant pas été avare du sang versé durant la Grande Guerre, le jeune Dupont fut de ces jeunes inconscients héroïques à avoir manifesté, le 11 novembre 1940, sur les Champs-Élysées, en une époque où le drapeau tricolore était un peu passé de mode. Illico encabané dans les geôles allemandes, il finit par être relâché pour s’en aller rejoindre d’autres aventuriers partis pour Londres.

Il est des héros rétrospectifs qui se gobergent de leurs exploits ; pas lui, si discret. Car ses pérégrinations, en compagnie de deux camarades tout aussi exaltés que lui, il les narre avec une totale humilité. Pas de combats héroïques, mais juste la faim au ventre et des ampoules aux pieds. Interminable périple qui conduit le trio à franchir les Pyrénées pour ensuite se faire attraper par les argousins espagnols, puis portugais et ne jamais rejoindre la Terre promise anglaise. Beaucoup de crampes pour rien donc, sauf pour avoir attrapé au passage cette étrange maladie consistant en un inextinguible amour de la mère patrie.

On notera que tout patriote qu’il est, Jacques Dupont est 200 % royaliste et 100 % anarchiste. Propos d’outre-tombe : « Moi, Dupont, qui se veut plus Français que moyen, je m’affirme à droite, et même encore un peu plus loin, d’une droite libertaire qui ne peut être que royale et se trouverait à rejoindre la gauche si la table était ronde… » CQFD. S’il aimait les prisons, ces dernières le lui rendaient bien, sachant que notre Super-Dupont se retrouva ensuite encabané dans les cachots gaullistes pour cause d’OAS. Dans le même temps, et entre-temps, il aura signé l’un des plus beaux films de guerre qui soit – film de guerre et non point film guerrier, nous sommes loin de Rambo : Crèvecœur, consacré au bataillon des volontaires français durant l’expédition onusienne en Corée. Puis nombre de documentaires consacrés à l’Afrique noire (où il tomba amoureux du peuple pygmée), à l’Afghanistan, là où Joseph Kessel devint son indéfectible ami. Mais aussi au Pakistan, à l’Inde et à l’Arabie saoudite.

Derrière le cinéaste, il y a aussi l’homme. Son fils, lui aussi mis en cage durant les « événements » d’Algérie, avant d’intégrer le journal Minute dont il claqua la porte pour dérive droitière et complaisance vis-à-vis du traître Jean-Louis Tixier-Vignancour. Cet éternel trublion, c’est Jean-Jacques, le fils bien-aimé qui meurt peu après. Puis la ribambelle des deuils et des malheurs ; mais également les moments de joie : les amis et la fidélité qui vont avec. Sur le tard, ayant péniblement été réintégré dans le système, Jacques Dupont signe pour la télévision trois films dont les sujets pourraient résumer sa vie. Le Millénaire capétien en 1986. En 1989, Les Sacrifiés, tourné en hommage au premier résistant français fusillé, Honoré d’Estienne d’Orves, maurrassien de combat tout comme lui. Et, pour finir, Les Vendéens en 1992, parce que chouan un jour, chouan toujours.

Il y a des cinéastes qui se font du cinéma ; et d’autres dont la vie est telle qu’elle n’a jamais eu besoin de scénaristes. Jacques Dupont était de cette dernière espèce. Espèce en voie de disparition ; à l’instar de ces pygmées qu’il chérissait tant.

Profession cinéaste : Politiquement incorrect

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