Avant les d’été, nous attirions l’attention de nos lecteurs sur l’ouvrage de Bernard Lugan : « Les guerres d’Afrique : Des origines à nos jours ». L’occasion nous est donnée aujourd’hui de porter un regard curieux à son dernier livre : « Printemps arabe – Histoire d’une tragique illusion ». Partons donc en sa compagnie pour regarder l’histoire récente de cette bande sahélienne qui a défrayé, défraie et défrayera sans aucun doute la chronique événementielle.

La Tunisie, l’Égypte, la Libye, gouvernées par des chefs d’État à la rude poigne ou par des dictateurs dépourvus de tout scrupule, furent secouées par une série de mouvements. En ces pays, l’indignation fit vite place à la contestation pour s’épanouir dans diverses menées révolutionnaires. Ces pays s’embrasèrent.

En Occident, les observateurs, bien souvent peu initiés à la complexité de ces immenses territoires, parlèrent – quitte à s’en étouffer – de Printemps arabes. L’expression est plaisante et annonce des lendemains enchanteurs. Sur ces terres de la barbarie, sur un sol nourri du terreau venant des cadavres des opposants devait naître puis fleurir la démocratie. Le flambeau de la pouvait enfin illuminer de son incandescence les ténèbres imposées par l’obscurantisme des tyrans.

Oublions cet angélisme désarmant et une confondante inculture historique. Bernard Lugan veut remettre les pendules à l’heure. Ambitieuse entreprise quand prévaut le conformisme. Ainsi, parler globalement d’un monde arabe relève de l’hérésie. Le concept d’un univers arabo-musulman est plaqué sur une réalité éminemment plus complexe. Les Arabes sont loin d’être tous musulmans. Cette communauté ethnique représente à peu près un cinquième du monde des zélateurs d’Allah.

Bernard Lugan rappelle que « dans toute l’ du Nord, et à l’exception de l’Égypte, le fond de la population est berbère et la majorité est composée de Berbères arabisés ». Sans cette approche (disons ethnique), on risque de ne rien comprendre de la situation en ou en Algérie.

S’interdisant toute approche émotionnelle, il rapporte les faits, rien que les faits. Son texte a la rigueur et la sécheresse d’un rapport de gendarmerie. On voit là l’enseignant fiché au bord du tableau noir, désignant baguette à la main les principaux points de sa démonstration. Il oublie souvent que tout le monde n’a pas toutes ses connaissances. Une trop grande concision l’amène à être parfois elliptique quand ce n’est pas hermétique.

Il dresse un éphéméride des événements – c’est une des qualités de son texte – mais dédaigne – c’est un de ses travers – une analyse de fond ou une explication des événements.

Cet inventaire d’une chronique des « événements courants » force ses lecteurs à être pantois devant l’étalage des naïvetés des responsables politiques occidentaux se vautrant dans la bonne conscience et prétendant s’en faire les commis voyageurs.

En quelques pages, trop brèves, Bernard Lugan montre les conséquences géopolitiques de ces Printemps arabes qui sont autant de grenades dégoupillées lancées contre tant de rêves utopiques. On en reste glacé.

12 décembre 2013

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