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François Reynaert est un passionné d’histoire. Il s’est donc plongé dans les œuvres des grands auteurs du passé tels Jules Michelet, Augustin Thierry, Hippolyte Taine ou Ernest Lavisse. Il faut reconnaître la grandeur de ces pères fondateurs de l’école historique française qui brilla de tous ses éclats au XIXe siècle. Tous, par-delà leurs divergences idéologiques, chantaient la grandeur de la France : la Révolution avait apporté au monde la Déclaration des droits de l’homme, la démocratie et la liberté. Tous ces historiens emportés par un nationalisme que l’on peut juger aujourd’hui excessif campaient les grandes figures de notre patrimoine. La célèbre petite phrase « Nos ancêtres les Gaulois » était répétée à satiété par l’instituteur afin d’inculquer à leurs jeunes élèves qu’ils faisaient tous partie d’une même nation. Et lorsque l’on parle de Gaulois, on entend le nom de Vercingétorix, figure tutélaire du héros se rebellant contre l’envahisseur et grand rassembleur de groupes individualistes qui firent l’union sacrée contre les ennemis de l’extérieur. S’est ainsi composé au fil du temps un merveilleux album d’images d’Épinal.

François Reynaert entreprend, avec une allègre impertinence, de dresser l’inventaire de ces héros plus ou moins légendaires à l’origine des mythes français. Ce redresseur d’histoires, traquant les clichés et autres fadaises, est un gentil pédagogue. Il éclaire de ses lumières les faces parfois bien obscures de personnages souvent manipulés au service, naturellement, d’une excellente cause. Qu’importe si cette dernière varie selon les circonstances.

Au cours de ce recensement bien iconoclaste, on est quelquefois surpris de prendre notre inventeur participant lui-même aux fadaises qu’il prétend relever. Celles-ci sont certes rares, mais n’en demeurent pas moins énormes. À titre d’exemple, on se demande quelle mouche le pique lorsqu’il décrit Louis XV, emporté par ses crises de satyriasis, culbutant dans le Parc aux cerfs un cheptel de drôlesses corvéables à merci. Il tombe là dans l’une de ces élucubrations colportées par les hussards noirs de la République dénonçant toutes les turpitudes de la monarchie. On échappe, il est vrai, au fantasme de la ceinture de chasteté et autres fadaises seigneuriales. Mais ne cherchons pas une mauvaise querelle. Voici un texte joliment troussé, vif et plein d’entrain. Une bien agréable leçon d’histoire lorsque le narrateur remet tant de faits à l’endroit.

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