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Le Quai d’Orsay a le vent en poupe, malgré une figure de proue quelque peu pâlichonne. Il se pavane en BD et même sur les écrans. Venez admirer la grâce du serval ! En tant que médiateur politique, il fait encore l’unanimité sur l’échiquier international. Notre fleuron tant envié : un réseau diplomatique articulé autour de 158 ambassades sur qui le temps n’a pas d’emprise. Le ministère des Étrangères, cette institution qui veille sur notre prestige, jouit d’une place de choix dans un inconscient collectif malmené, où servir la nation fait office de catharsis. Ô sacrilège !

« Quand un diplomate dit oui ça signifie peut-être, quand il dit peut-être ça veut dire non, et quand il dit non ce n’est pas un diplomate ». Représenter la France tout en sublimant le flegme britannique n’est pas donné à tout le monde. Gabriel Alphand, naturellement penché vers l’étiquette, sûr de lui mais modeste, était prédestiné à fouler les tapis rouges du Quai et de ses succursales aux quatre coins du monde. Jeune provincial pris d’amour pour la patrie, il tutoie les sommets en empruntant l’ascenseur social mis à disposition par l’Administration.

Quinze ans passés sous les jupons de Marianne, ça se digère. Puis l’exutoire se fait ressentir. Dans un élan contrôlé, il se confie à l’oreille attentive de Frédéric Vion, un journaliste de qui a également arpenté les couloirs feutrés du « Château ». L’alchimie fonctionne entre les deux acolytes. Ils attisent les braises incandescentes d’un rayonnement diplomatique sacré et millénaire. De San Salvador à Pékin, de Dakar à Dehli, d’Auckland à Téhéran, l’envoyé de feu Sa Majesté brise une routine déjà bien excentrique en succombant naïvement aux aléas du voyage. Puis il fait face aux frasques du gotha, avec la délicatesse d’un haut fonctionnaire en mission et l’élégance de celui qui touche avec les yeux. Du tact messieurs, et de la retenue !

Tous ces épisodes caustiques valent leur pesant d’or. La mystique inhérente au milieu fait rêver… donc vendre. Le pouvoir est érogène ! La couverture du livre suinte le glamour : objectif box-office. Elle tient ses promesses. Les auteurs refusent la comparaison avec James Bond mais usent pourtant des mêmes artifices, les gadgets en moins : le chic du passeport diplomatique, le confort de la « business », la finesse des petits fours, le tout sur fond exotique de Françafrique.

Depuis la « Rumba pour Baccara à Rabat » au « Coup de mou à Moscou » en passant par le « Délire de style à Libreville », chacun des quarante « moments privés » est rondement ficelé. La chute programmée faisant autant de dégâts que le titre ravageur. Du petit Jésus en culotte de velours. Les gourmets d’anecdotes aguicheuses et frivoles magnifiées par le faste de la Ve seront donc rassasiés. Les géopolitologues autodidactes, eux, resteront sur leur faim. Une bien maigre collation à l'heure où la France des espions se réveille orpheline de Gérard de Villiers. On ne se met pas impunément à dos la République.

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23 novembre 2013

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