Ite missa est. En ce printemps, les Français ont avec persévérance et même obstination manifesté contre l’instauration du mariage pour tous. Ils ont marché en rangs serrés pour exprimer leur opposition, quand ce n’est pas leur indignation devant cette loi votée par l’Assemblée nationale. Dura lex, sed lex. Force est de constater que François Hollande a remporté une victoire politique et idéologique. Il tient d’une part l’une de ses promesses électorales qui, financièrement, ne coûte rien, et d’autre part, en bon disciple de François Mitterrand, il fait exploser une prétendue droite qui se trouve empêtrée dans toutes ses contradictions. Quant à ceux, venus de toutes les vieilles provinces, et enfants compris, jeunes et personnes âgées, pour manifester sur le pavé leur opposition à ce bouleversement social, on les a commodément marqués du sceau de l’extrême droite infâme.

Gabrielle Cluzel, chroniqueuse de son état, a la plume bien trempée et d’une allègre pugnacité. Elle le fait savoir avec ce texte joliment troussé qui reprend et développe un billet devenu phare sur ce site : « Méfiez-vous de la France bien élevée ! »

Elle nous raconte ici par le menu cet hiver de lutte d’une France polie et propre sur elle, celle qu’on prend « pour une bonne poire ou pour une vache à lait ». La France obéissante et légaliste, partie « la fleur au fusil pour un combat qu’elle pensait démocratique » et qui s’est réveillée sonnée. En quelques mois, de mensonges en comptages truqués, de pétitions ignorées en traque des armées « homophobes », son regard s’est décillé. Celui des enfants aussi, ces « nervis en poussette » qu’on n’a parfois pas hésité à gazer.

Au bout du compte, après les votes hâtifs d’un Sénat quasi vide et d’une Assemblée tétanisée, s’impose une loi de pure circonstance, cadeau électoraliste à une petite minorité, et qui retentit comme une provocation face à des millions de manifestants ignorés. Elle instaure l’élargissement d’une fracture qui n’est pas sociale mais morale, bouleversant de façon radicale les repères traditionnels qui maintenaient jusqu’alors les Français dans une coexistence pacifique de leurs modes de vie par-delà bien des divergences.

Aujourd’hui la messe est dite, et l’État ne va pas, demain, désunir des couples unis par les liens du mariage, aussi contestables soient-ils. Pour autant, Gabrielle Cluzel lance un cri d’alarme. Héritière d’une vieille tradition, elle sait qu’il faut toujours se méfier de l’eau qui dort. Si la France bien élevée est « trop bien élevée pour mettre la chienlit », écrit-elle, ce qui est « son honneur mais aussi sa faiblesse intrinsèque », elle dispose aussi de deux atouts majeurs : « elle est fiable et persévérante ». Plus douée pour la course de fond que pour la vitesse.

Au temps de l’Empire romain, un sénateur lançait à ses pairs « Méfiez vous de la colère des légions ! » On sait ce qu’il advint. L’Empire se fractura. Les barbares imposèrent leur loi. « Méfiez-vous de la France bien élevée ! », dit Gabrielle Cluzel à François Hollande. Elle s’est dressée, elle est en route. Le marathon ne fait que commencer.

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18 juin 2013

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