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« L’homme dans la guerre ». À la lecture de ce titre, on peut penser que l’on se trouve devant un austère ouvrage analysant le comportement psychologique d’êtres plongés en plein conflit. Il n’en est rien. Il importe de s’attarder au sous-titre : « Maurice Genevoix face à Ernst Jünger ».

Deux noms, deux inconnus, à l’exception des amateurs d’histoire appréciant le talent littéraire de ces auteurs écrivant, l’un comme l’autre, l’épopée de la Grande Guerre. Auteurs qu’il reste à redécouvrir grâce à Bernard Maris, lequel campe deux caractères embarqués dans ce conflit qui embrasa le monde.

Bernard Maris, journaliste au Monde, connu en tant qu’économiste sur les plateaux de télévision, est le gendre de Maurice Genevoix. Cette relation familiale peut expliquer l’intérêt qu’il porte à cet auteur qui chanta si bien la nature et fut si attentif au charme du monde rural. Cet homme qui a consacré l’ensemble de son œuvre à faire l’éloge d’un humanisme heureux fut, à peine sorti de l’adolescence, plongé au fin fond de l’enfer. Dans Ceux de 14, Maurice Genevoix raconte. Dans un témoignage glacé, il se garde de toute analyse ou idéologique. Il est plongé dans la guerre. Il la fait avec l’obstination d’un artisan attaché à la réalisation de son œuvre. Il faut tuer l’ennemi, alors il tue, sans états d’âme.

En face, Ernst Jünger. La réalité dépasse parfois la fiction. Ici se retrouvent les règles de la tragédie classique : unité de lieu, unité d’action. Aux Éparges, Jünger et Genevoix se retrouvent face à face. Naturellement, ils ne se rencontrèrent jamais, mais ils furent gravement blessés l’un et l’autre le même jour.

Jünger, qui fut le plus jeune officier décoré de l’ordre du Mérite, écrivit avec Orages d’acier le récit de l’enthousiasme de l’homme de guerre chantant l’exaltation de l’héroïsme. La guerre permet la transcendance. Jünger y trouve un détachement aristocratique fait de morgue et d’abnégation. Officier à 19 ans – il est lieutenant –, il s’inscrit dans une caste de seigneurs qui considèrent la guerre comme un sacerdoce. Ici, toutes les règles se trouvent non pas abolies mais niées. La fonction du guerrier est de tuer ou d’être tué. La devient un idéal jouissif, un orgasme éblouissant, une fulgurance absolue.

Dans « La Guerre comme expérience intérieure », Ernst Jünger évoque les lansquenets. Ces reîtres laissèrent derrière eux une sinistre mémoire lors du sac de Rome en 1526. La sauvagerie perdure à travers les siècles. Peut-être se souvient-il alors de la célèbre gravure de Dürer, Le Chevalier, la et le Diable. Aux Éparges, la devient en quelque sorte un idéal.

Bernard Maris campe à travers ces lieutenants les archétypes de deux caractères. L’Allemand se veut un aristocrate plein de morgue vis-à-vis de la mort. Avec lui, on entend derrière le récit une réflexion à la fois hautaine et désabusée sur la fatalité. Le Français fait son devoir avec autant d’acharnement que de conviction.

Conteur vif et nerveux, Bernard Maris, à travers le récit de ces deux héros, plonge ses lecteurs dans un univers de démence, impossible à imaginer aujourd’hui. Un voyage éblouissant qui pète littéralement dans la gueule.

L’homme dans la guerre: Maurice Genevoix face à Ernst Jünger

31 octobre 2013

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