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Trois erreurs ont été commises en Syrie : avoir sous-estimé la résilience de l’armée et du régime, avoir cru qu’une intervention internationale aurait pu avoir lieu malgré les Russes, avoir pensé que l’émotion aurait suffi à mettre les opinions publiques de la partie. La France les a toutes faites.

La Syrie est une anomalie dans le Proche-Orient arabe. Et la vague de contestation qui s’est déployée depuis 2011 ne fait pas exception à ce phénomène. En Syrie, que l’on appelle cela révolution (thawra) ou révolte (intifada), cela n’a pas « fonctionné ». De multiples raisons n’ont pas été prises en compte, et ce malgré une longue tradition orientaliste de qualité et des générations de diplomates, excellents connaisseurs de la région.

Il semblerait que la diplomatie française ait été depuis 2007 davantage préoccupée de nommer des humanitaires ou des businessmen en puissance, appartenant à cette génération décomplexée de nouveaux serviteurs de l’État. Les ambassadeurs chevronnés, arabisants, rompus aux usages très old school que le Proche-Orient et en particulier la Syrie affectionnent, ont été mis de côté. Qu’un ambassadeur en Syrie soit contraint de se faire expliquer avant sa prise de fonction la différence entre les alaouites de Syrie et la dynastie alaouite du Maroc laisse pantois.

Certains, fins connaisseurs de la Syrie, qui tendaient leurs grandes oreilles depuis des années entre Beyrouth et le mont Qassioun, n’ont pas voulu voir ce qui se tramait. Jusqu’au bout, jetant un œil apparemment borgne sur la Syrie, ils n’ont voulu voir que des slogans correspondant à nos catégories occidentales et raconter un roman acceptable pour nos consciences soucieuses d’universalisme démocratique plutôt que de réalisme. Confronté en novembre 2012, sur une radio de service public, à des questions concernant la présence de plus en plus importante des dans l’opposition, un blogueur de référence n’avait pu qu’éluder la question en faisant mine d’ignorer tout.

Certaines administrations savent créer des fidélités qu’il est douloureux de renier… Personne n’a réussi à persuader le Quai d’Orsay de soutenir plutôt les opposants tolérés par le régime, garants d’une légitimité irréprochable et passés par les épreuves des geôles syriennes et de la répression. Nous les connaissions pourtant fort bien. La France, comme l’Union européenne, était en contact avec ces opposants qui allaient plus tard former le Comité de Coordination Nationale pour le Changement Démocratique. Fallait-il faire oublier qu’ils étaient catégoriquement hostiles à une intervention occidentale et que cela contrariait les calculs des dirigeants français à la culture atlantiste plus prononcée que par le passé ? Or la contestation a été prise en main par les pires extrémistes, obéissant à un agenda largement dicté par les puissances du Golfe. On a beau jeu d’expliquer la radicalisation du conflit comme étant le fait du seul régime syrien.

Bien sûr que ce dernier, plus à l’aise dans le combat que dans la négociation, a instinctivement pris le virage de la militarisation du conflit. Le calcul de l’Occident a été celui d’une chute rapide de Bachar al Assad et pour cet unique objectif, nous n’avons pas hésité à confier la sous-traitance du conflit à certains pays du Golfe, Qatar et Arabie Saoudite en tête. Les calculs de la diplomatie française en particulier, qui a choisi dès le début de monter aux extrêmes, se sont avérés catastrophiques pour les Syriens comme pour les groupes d’opposition que la France soutenait.

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