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La réalité n’est pas cool et sympa. Nulle part l’autochtone ne voit arriver l’étranger avec bienveillance. Surtout si on lui dénie la supériorité symbolique qu’il estime due. C’est un constat, pas un jugement de valeur. Le réac constate que les peuples européens, mal barrés à l’aube du nouveau siècle, redoutent une forme d’expropriation imposée par leurs élites, le patronat au premier chef, les idéologues en relais. En France plus qu’ailleurs, eu égard aux effets à retardement de la guerre d’Algérie. Il en déduit qu’il serait opportun d’aborder à ciel ouvert un sujet obsédant et crucial. Pourquoi le refuser en usant du Front national comme d’un alibi, quitte à faire sa fortune électorale ? Quels démons croit-on exorciser en imposant un tabou qui saute dans toutes les conversations privées, ouvrant les vannes des pires mythologies « purificatrices » ?

Sans que sa gouverne soit faite, le réac s’estime tenu, par simple souci d’intégrité morale, de ne pas taire ce qui lui paraît dangereux. À tort ou à raison, il pense que les vieux peuples sédentaires d’ risquent le pire en singeant les moeurs de pays d’ tels que les États-Unis, le ou le Brésil. Sans doute est-il plus sensible que d’autres à ce risque, parce qu’il perçoit concrètement ce qui se perd : une sociabilité, un art de vivre, des tours d’esprit, des formes d’humour, un système d’émotions, de goûts et de références propres à son pays. De ce trésor il s’estime dépositaire, son patriotisme en procède, ses joies en découlent naturellement. Ses ancrages sont profonds et assumés. On pourrait le définir par cette singularité : il assume ses sentiments.

Ainsi le sentiment de décadence. Le mot fait pincer les becs. Le réac ose le dégainer. Sur les registres de la politesse, de la maîtrise du langage, du raffinement, des équilibres mentaux, de l’aptitude au contrôle de soi, de la noblesse des aspirations, de la culture des élites, la contemporaine est décadente. Quel autre mot définirait mieux ce mélange nauséeux d’avachissement dépressif, d’émotivité hébétée et de hargne vindicative ? Lequel dirait mieux la veulerie des politiques, la goujaterie des puissants, la tyrannie des enfants ? Lequel évaluerait mieux la perte de substance des « valeurs » rabâchée par pure routine ? Lequel exprimerait mieux la mise hors jeu de la pureté, de la tendresse, de la probité, de la gratuité, du tact – vertus immémoriales sans lesquelles le bonheur a le souffle court et la vie de tous les jours, des aigreurs d’estomac ?

8 août 2014

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