À l’occasion de l’été, vous offre cinq extraits de Du bonheur d'être réac, de Denis Tillinac. Cliquez sur la couverture du livre pour l’acheter.

Le grand bonheur du réac, c’est la griserie de la liberté. On pense, on s’émeut, on agit, on réagit au naturel. On soumet à sa raison les idées qui traversent l’esprit et si elles mènent à une impasse on ne s’en prend qu’à soi-même.

Griserie annexe : la feinte. On ruse avec la du langage, pour ne pas gêner ou blesser ceux qu’elle terrorise. C’est un jeu de dont le réac a le monopole des règles. Il y a des mots à ne pas employer, des sentiments qu’il faut faire semblant d’éprouver, des icônes qu’il faut affecter de respecter. C’est facile. Quand un brûlot aussi insipide que le Indignez-vous ! de Hessel se vend comme des brioches et passe pour l’oriflamme d’une révolte, on pige vite avec quoi se trame le compassionnel clefs en main. Quand
un condominium de politiques et de journalistes sonne l’appel au soldat comme en 14 pour vaincre l’hydre incarnée par un humoriste ivre de ressentiment – Dieudonné en l’occurrence –, on pige vite sur quels sables se meuvent les incantations aux « valeurs ».

Sa liberté, le réac la savoure au jour le jour, avec les êtres de son choix. Pas de fraternités obligées, pas d’indignations téléguidées. Il n’est ni encarté ni syndiqué, ça lui épargne les réunions, les motions, les pétitions, les manifs et leurs slogans, toutes les servitudes de l’affiliation. S’il choisit de soutenir une personnalité politique, c’est au cas par cas, en franc-tireur, au gré d’une sympathie privée et ça n’engage pas vraiment sa conscience. Ses fidélités vont à des êtres de chair, pas aux pions avancés par un parti. Churchill a changé quatre fois de parti : souplesse très réac d’un héros qui n’a jamais manqué à son roi, à ses amis et à sa patrie.

S’il a des appétences pour les choses de l’esprit, le réac échappe aux colloques, symposiums et autres séminaires où la caste s’autoproclame, s’auto-encense et s’autoreproduit. Elle ne l’y convie jamais et ça tombe à pic : les colloques le rasent. Ils se tiennent dans des enceintes « culturelles » généralement hideuses. On y glose en sabir psycho-socio à la Bourdieu, on y sert dans des gobelets en plastique du mousseux imbuvable avec des gâteaux trop secs ou trop mous. Le réac préfère les fauteuils d’un club-house à l’anglaise, le pétillement des bulles de champagne dans une flûte de cristal, l’effeuillage voluptueux d’un volume de la Pléiade en écoutant un CD d’Haydn.

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7 août 2014

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