À l’occasion de l’été, Boulevard Voltaire vous offre cinq extraits de Du bonheur d’être réac, de Denis Tillinac. Cliquez sur la couverture du livre pour l’acheter.

Solitude et discrédit sont le lot du réac. Il campe dans une sorte d’exil intérieur, un peu comme ces nomades piégés par la découpe du monde en États-nations, alors que leur espace vital s’étend de part et d’autre d’une frontière ou de plusieurs.

Craignant en permanence d’être mis le dos au mur par un peloton improvisé, il se tient toujours aux aguets. La meute n’est jamais loin, il l’entend aboyer à la télé, à la radio ; les unes des journaux signalent son approche. Le propos d’un responsable sur l’immigration, un fait divers anodin (Leonarda) ou sanglant (Merah) enclenchent illico l’état d’alerte sur les dangers du poujadisme, du « populisme », de la « lepénisation des esprits » dans une France « moisie », « rance » ou « nauséabonde », et le réac se sait ou se croit visé. Ça peut l’acculer à la parano. Ou pire si son naturel ombrageux, exaspéré par le mépris, le porte à des raidissements. Puisque aussi bien je suis maudit, se disent certains, autant forcer sur la transgression jusqu’à singer le « facho » de la démonologie officielle. Endosser sa caricature est un recours, le seul si on manque d’appuis affectifs, d’arrière-pays spirituel ou plus simplement de jugeote. On se laisse ostraciser, on peut y trouver une jouissance de facture maso. Dans le huis clos de la solitude, on perd cette distance, cet humour, cette désinvolture qui sont l’apanage du réac bien portant. Tel gribouille plongeant dans la mare pour éviter la pluie, on fonce dans les panneaux érigés par le haut-clergé intello et surveillés par le bas-clergé médiatique pour convaincre l’infidèle de son infamie. Foutu pour foutu, je vais me venger ! Voilà comment un être de prime abord inoffensif mais fragile peut devenir la proie d’une secte ou d’un parti extrémiste. Depuis les nihilistes russes de la fin du XIXe siècle jusqu’aux émules de Ben Laden, c’est toujours la même dérive, autant dire la même pathologie.

S’il appartient à la gente scribouillarde, le malheureux trempe sa plume dans un fiel de plus en plus noir. Comme la plupart des artistes
depuis la révolution industrielle, il déteste son époque. Comme presque tous, il isole tels symptômes du Mal qui l’obnubilent. Il fulmine
en diatribes, sélectionne ses boucs émissaires. L’incompréhension aidant, il force sur le dézingage des tabous, en desperado d’une cause qui devient le miroir brisé de sa désespérance.

6 août 2014

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