À l’occasion de l’été, Boulevard Voltaire vous offre cinq extraits de Du bonheur d’être réac, de Denis Tillinac. Cliquez sur la couverture du livre pour l’acheter.

Du coup [le réac] s’absente des « débats » bidons, sachant que les clivages subséquents sont des leurres. Ah, les « débats » ! On m’y convie parfois, au titre de réac de service. Il en faut un pour la fiction du pluralisme. Il faut des débats pour la fiction d’une animation de la vie publique dans la cité. Il faut « animer » pour mieux anesthésier.

Ces débats sont balisés jusqu’à la mise en scène des dissidences officielles : un gaucho bien rouge d’indignation, un facho bien épais du col font l’affaire, le but inavoué et peut-être inconscient étant d’enraciner la distribution des rôles à l’intérieur d’un cadre inamovible où s’inscrivent les opinions depuis l’ultra-gauche (excessive mais respectable) jusqu’à l’ultra-droite (excessive et pas respectable). Les communautarismes s’y exacerbent, chaque « minorité », chaque marginalité étant sommée d’« exprimer » ses droits à la « différence », dans une confusion où le bon sens n’est pas à la noce. Le but avoué est de vendre. Le système trahit son cynisme en qualifiant de « bon client » un bonimenteur véhément, expert en formules qui font mouche. Le meilleur « client » est l’invité qui dérape : on l’y a poussé, il s’est fait piéger, le voilà convaincu de « racisme », de « xénophobie », d’« homophobie » ou de « sexisme ». Mise à immédiate, frisson érotique de l’auditeur ou du téléspectateur.

Du tribunal de Paris je ne connaissais que l’accès à la Sainte-Chapelle. Une après-midi, j’y fus convoqué pour témoigner en gros qu’Éric Zemmour, journaliste au Figaro, gaulliste tendance République laïque, très laïque, n’était pas un disciple de Gobineau ou de Goebbels. On l’accusait de « racisme », rien de moins. On ? Des « associations ». Les guillemets s’imposent. Il va sans dire que n’est pas raciste le moins du monde et nul ne l’ignorait dans le sérail. L’imposture, c’est de l’avoir fait comparaître – et condamner – par soumission à un pharisaïsme dont des juges assermentés auront été les complices ou les dupes. Ou les deux à la fois. En quittant ce prétoire j’ai pensé que ma liberté chérie n’était peut-être pas aussi protégée par l’État de droit que je l’aurais cru. On peut toujours être dénoncé par une « association » dont l’un des membres vous a dans son collimateur, parce que votre tronche ou votre candidat aux élections ne lui reviennent pas. On peut toujours tomber sur un magistrat zélé qui improvisera avec la gravité requise la scène du parangon de la vertu face au mécréant acharné à violer les sanctuaires. Promotion garantie pour l’un, damnation requise pour l’autre.

5 août 2014

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