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Dans l’imaginaire collectif, le poker a mauvaise réputation. C’est un jeu de voyous, de menteurs, de tricheurs, où tous les coups sont permis. Dans de nombreux westerns, il est à l’origine de bien des bagarres et règlements de comptes qui peuvent se terminer à coups de colt.

Lionel Esparza fait, avec « L’esprit du poker », une annonce surprenante et pour le moins déroutante. Les auditeurs de France Musique connaissent son émission. Ils ont là l’occasion d’apprécier l’érudition de cet agrégé de musicologie. Il éprouve pour le poker une véritable passion.

En rédigeant ce livre, il ne se livre pas à une auto-analyse à but thérapeutique qui serait censée le débarrasser de ce cancer qui emporte bien des joueurs invétérés en enfer. Il se fait tour à tour voyeur, historien et théoricien d’une analyse économique quelque peu troublante. Arrêtons-nous à l’histoire. Le poker fit son apparition en Louisiane dans les années 1810-1820. Il fut inventé par des ayant rompu toutes les amarres avec l’Europe, vieille terre de géhenne. Les expatriés ne peuvent emporter avec eux que leurs rêves et leurs espoirs pour un meilleur avenir. Les Amériques sont pour eux des terres d’utopie. La Nouvelle-Orléans, en ces temps-là, est une véritable Tour de Babel plantée en ce nouveau monde où toutes les espérances peuvent naître. Ici grouille une multitude incertaine et polyglotte de bigarrés, débarrassés à jamais de tout déterminisme.

En cette terre, les règles du poker instaurent une idéale fondée sur un égalitarisme radical. À cette table de jeu, tout un chacun a en main son avenir. Tout joueur a la même “cave”, c’est-à-dire la même possibilité d’investissement financier. Il est soumis aux mêmes lois que les autres protagonistes.

Le hasard plane certes sur le jeu de la carte, mais on se trouve à l’opposé de la mythologie grecque. Le destin n’existe pas. Demeurent les nerfs et le talent. Il y a une vérité du poker qui se traduit dans l’inexorable et l’inéluctable victoire du meilleur. Celui-ci allie la patience, l’endurance, le désir forcené de gagner. Le poker est un terrain dévolu aux prédateurs. Ici, qui tue gagne. Il faut éliminer.

Lionel Esparza montre avec une stimulante pertinence le développement de cette vision utopique qui abolit l’antique vision du destin pour la remplacer par l’affirmation du mérite. La table de poker serait selon lui un peu comme le miroir de notre contemporaine, somme toute occidentale. Elle révèlerait la fascination de l’argent et le désir immodéré de le posséder. À cette fin, tous les moyens sont bons. Voici venu le temps du mensonge, du bluff, d’une obscène gesticulation de personnages ou d’institutions sans foi ni loi.

L’auteur explique comment ce jeu d’argent a conquis le monde. Il voit en cette attitude l’image parfaite du et conclut : « Nous sommes entrés dans le stade ludique du capitalisme ». On le suit volontiers dans ses annonces. Il a une bonne main et s’en sert avec adresse.

24 mars 2014

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