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En novembre 2012, Élisabeth Guigou, présidente de la commission des Affaires étrangères, propose aux députés Nicolas Dupont-Aignan et Alain Bocquet de mener une enquête et de rédiger un rapport parlementaire sur les paradis fiscaux. Le premier est gaulliste, le second communiste. De quoi assurer un certain équilibre des futures analyses et de la sérénité dans les considérations.

Pendant près de dix mois, ils vont parcourir l’Europe, passant de Londres à Bruxelles sans oublier naturellement Genève et Zurich, ces hauts lieux de la finance internationale.

Avec Les voleurs de la République sous-titré Enquête sur les parasites fiscaux, Nicolas Dupont-Aignan nous fait part des réflexions que lui inspire sa plongée dans l’univers de la haute finance. Choisissant de parler des « parasites » et non des habituels « paradis », il affiche clairement sa prise de position. Ce représentant du peuple s’insurge devant l’étendue de la fraude fiscale en France. Les chiffres donnent le tournis. La fraude s’élèverait selon lui à quelque 60 milliards d’euros chaque année. Par définition, toute cette masse monétaire échappe à l’impôt, c’est un véritable hold-up fiscal. Les responsables de ces malversations sont les multinationales et les organisations criminelles qui n’ont aucune considération pour les nations qu’elles pillent en grands prédateurs.

Nicolas Dupont-Aignan, qui ne pratique pas la langue de bois, explique ainsi l’escroquerie à la TVA, extraordinaire montage financier qui laisse le lecteur pantois. Avec une précision chirurgicale, il le conduit dans ces labyrinthes où le néophyte s’égare. La découverte de l’envers du décor provoque bien des nausées. À ces spasmes révulsifs, il faut ajouter encore l’incompréhension devant la mollesse d’un État qui donne l’impression d’abandonner ici ses pouvoirs régaliens.

La lecture de ce texte engendre un trouble certain. Son auteur, emporté par sa colère, dérape et s’enlise dans un rude manichéisme. On peut maudire le culte de l’argent roi, contester radicalement le pouvoir des banques sans pour autant entrer dans une diabolisation radicale, même si vouloir moraliser la finance s’avère être un noble idéal.

Il importe, dans un univers soumis qu’on le veuille ou non à la mondialisation, d’établir un corpus de règles gérant la libre circulation des marchandises, des capitaux et des hommes. Des frontières culturelles s’imposent. Des règles strictes doivent tenter de mettre des barrières contre les agissements de criminels sans foi ni loi.

On peut titiller notre auteur, emporté par sa détestation du système bancaire, en lui faisant remarquer que celui-ci a permis la naissance puis l’épanouissement de la société occidentale. Les Lombards, les Juifs ont, par l’invention des lettres de change, favorisé le commerce et, en un mot, l’ouverture au monde. Les instituts de négoce, autrement dit les banques, sont à l’origine de la Renaissance. La rigueur calviniste fit la richesse des Flandres. L’anglicanisme fut à l’origine de la révolution industrielle de l’Angleterre. Il ne faut pas oublier les enfants de Luther en Prusse. Tout est question de morale, et sans morale, pas de loi.

Les voleurs de la République – enquête sur les parasites fiscaux, de Nicolas Dupont-Aignan – Fayard, 261 pages, 17 euros

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 30/06/2023 à 19:37.

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19 octobre 2013

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