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Par un aimable concours de circonstances paraissait ces jours-ci Les et la rue de Danielle Tartakowsky. L’auteur est loin d’être une inconnue. Cette historienne attentive et scrupuleuse est une spécialiste de l’histoire des manifestations de rue. Ces deux qualités méritent d’être soulignées car il est bien difficile, en une telle matière, de ne pas se laisser emporter par sa propre sensibilité idéologique. Le Front populaire : la vie est à nous ou Les manifestations de rue en France : 1918-1968 sont autant de textes qui retiennent l’attention par la finesse de l’analyse.

Dans la conscience et la mémoire collectives, la rue a toujours appartenu à la gauche. Or, il n’en est rien, comme le montre notre auteur qui bouscule allègrement bien des clichés et des idées reçues. Il importe de s’arrêter au sous-titre de cet ouvrage : « Histoire d’une ambivalence, de 1880 à nos jours ». De fait, les ont occupé le pavé dès la fin de la Première Guerre mondiale. Les ligues patriotiques, les zélateurs d’un catholicisme rigoureux, les Camelots du roi, les sympathisants de l’Action française occupaient alors le terrain et démontraient par l’ampleur de leurs manifestations la ferveur de leurs convictions.

Avec subtilité, Danielle Tartakowsky analyse l’existence de ces divers mouvements que sont les « manifestations-processions », les « manifestations-pétitions », les « manifestations socioprofessionnelles » et naturellement les « manifestations-insurrections ». Une plongée dans des mondes bigarrés qui se juxtaposent sans se mélanger.

Le 6 février 1934 est une date mémorable qui se trouve être l’apogée d’une exaspération qui atteint son comble quand deux conceptions du monde – celle d’un nationalisme exigeant s’allie à l’universalisme de la doctrine communiste – se rejoignent pour exploser dans un antiparlementarisme radical. Un cocktail d’autant plus détonant qu’il révélait, avec le scandale politico-financier de « l’affaire Stavisky », une profonde crise. Ce 6 février, où les protagonistes chantaient côte à côte la Marseillaise, La Madelon, le Chant du départ et l’Internationale, est une date de rupture. Après cet événement paroxysmique, les mouvements de vont perdre leur terrain de prédilection. Voici le temps du Front populaire et des manifestations de masse manipulées par le Parti communiste. Un retournement radical.

L’espace dévolu à la droite devient, après la Seconde Guerre mondiale, une véritable peau de chagrin. Elle connaîtra une renaissance avec le mouvement Poujade, avec 1968, la réforme Haby et la guerre scolaire, la de l’école libre. On connaît la suite. Entre-temps, les partisans de l’Algérie française exprimaient avec véhémence leur conception de la patrie. Depuis, il y a eu le mariage pour tous dont on n’a pas fini d’analyser les répercussions.

Aujourd’hui, la droite, dans une conception globale, a volé en éclats pour ressembler de plus en plus à une nébuleuse. Un des apanages de l’historien est, en explorant le passé, de faire surgir des faits oubliés quand ils ne furent pas carrément refoulés pour de multiples raisons. Bien des droitiers sont intimement convaincus que la rue a toujours été le terrain d’expression de leurs adversaires idéologiques : « Droitiers, vous avez la mémoire courte ! », rappelle Danielle Tartakowsky. On écoute avec une vive passion ce rappel à l’ordre et à la véracité des faits.

5 février 2014

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