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C’était il y a quelques années. Un homme et, autour, des gens qui lui faisaient procès. Comme l’avait décrété Pascale Clark, index en l’air et visage solennel, « on ne critique pas les gens qui croient ».

Certes, il ne méritait pas les menaces de mort dont il avait été victime et qui avaient rendu son existence souterraine et recluse au point de le priver de travailler et d’enterrer son propre père, mais tout de même, avait péché et, à l’exception d’un Zemmour courageux et intègre, constant dans la défense sans concession de la liberté d’expression, tous étaient d’accord pour le dire, tous le fixaient d’un air de reproche, tous y allaient de leur petite sentence.

C’était un véritable tribunal d’Inquisition et il n’y avait guère que les remontrances sonores en quête de gloriole et d’applaudissements de Richard Bohringer, Pascale Clark et Eric Metayer pour rompre le silence de mort sur le plateau d’On n’est pas couchés, comme la salve effrayante du peloton d’exécution qui survient régulièrement.

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Lentement mais sûrement, il a bien fallu que le Camp du Bien s’habitue à une liberté d’expression qui lui faisait horreur. Et Robert Redeker fait sans doute partie de cette poignée de journalistes précurseurs qui ont donné les premiers coups de bélier dans la porte en bois massif et auxquels nous devons ce vent de liberté soudain qui annonce peut-être des jours meilleurs.

C’est encore à l’avant-garde que se place Robert Redeker en nous offrant un livre, Le Soldat Impossible, qui a le génie de traiter d’un sujet oublié, mais pourtant essentiel, et que nos temps agités pourraient faire resurgir sans pitié : la guerre.

Comment le Soldat, cette figure autrefois commune et ordinaire, tout en étant des plus révérées, a fini par devenir ce que Robert Redeker nomme un « impensé », quand il ne s’agit pas tout simplement d’un symbole criblé d’anathèmes ?

La guerre n’est assurément pas chose naturelle, l’auteur le reconnaît bien, mais il souligne également qu’elle est aussi régulière qu’inévitable depuis nos premières civilisations, tant et si bien qu’il y a du vice à ne pas l’évoquer. C’est ce que notre société actuelle fait pourtant, selon Robert Redeker, aidée par le devoir de mémoire, qui expédie la guerre dans l’oubli et le passé.

Ainsi, le philosophe, à rebours de la société contemporaine qui tient à l’écart les notions de sacrifice et de bien commun, se propose-t-il de déblayer le terrain, critiquant un pacifisme qu’il juge auxiliaire de ce qu’il prétend éviter.

La guerre est faite de tristes paradoxes. Nécessaire et inévitable (si nous avions écouté les pacifistes en 39-45, nous serions tous allemands !), dramatique et déchirante, elle est ce fait poétique qui « incite l’exceptionnel à se déclarer », tout en étant « la part d’ombre, la part maudite toujours menaçante », d’autant plus inconcevable dans notre époque sans Dieu où le sacrifice effraie et dans laquelle s’est érigée, en lieu et place des idoles anciennes, une figure nouvelle que Robert Redeker nomme « l’Indifférent ».

Cet « Indifférent » est l’emblème d’une époque où règnent « les causes compassionnelles » que l’industrie du spectacle place « en tête de ses gondoles criardes » et les grands mouvements de « sollicitude télévisuelle » qui « retombent comme une omelette ratée dès que le poste de télévision est débranché ». En effet, peut-être que quelque chose s’est brisé depuis que notre société a congédié les cieux, et il n’est pas impossible que l’humanisme véritable – celui qui se dévoue, celui qui renonce – ait cédé sa place à l’ « émotion de télécommande »  pour cette même raison.

Enfin, si j’ai bien quelques points de désaccord avec certaines thèses du livre (la critique que fait l’auteur du lien entre corps, âme et esprit en est un exemple), elles ne sauraient troubler l’extrême pertinence d’une œuvre des plus documentées dont la lecture est nécessaire, et où l’incandescence du sujet côtoie un langage paisible constellé de belles fulgurances.

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