Cliquez pour acheter

Les femmes tiennent une place éminente dans l’histoire de l’espionnage. À la Renaissance, Catherine de Médicis avait créé, avec son « escadron volant », son service de renseignement. D’accortes donzelles se dévouaient déjà corps et âme en pratiquant les beaux arts de la séduction et de la manipulation.

Vladimir Fédorovski est un véritable stakhanoviste de l’écriture. À se demander s’il n’est pas atteint par un productivisme fleurant bon le stalinisme. Ainsi, en quelques mois, il a rédigé Le Roman des tsars, Le Roman de la perestroïka et aujourd’hui Le Roman des espionnes.

Par ses origines, fort de son passé qui l’amena à fréquenter de très près d’éminents membres de la nomenklatura, il était particulièrement bien placé pour révéler les dessous de l’espionnage soviétique lançant de par libre ses « hirondelles ». À elles de récolter le maximum d’informations au profit de l’URSS. L’une d’elles, Elisabeth Zaroubine, se distingue par son exploit : elle livra à sa patrie les secrets de la bombe atomique américaine. Modèle parfait de l’espionne, elle joua à travers Oppenheimer un rôle d’une redoutable efficacité. Elle fut, écrit Fédorovski, « une véritable femme de l’ombre professionnelle, calculatrice et froide, animée d’une conviction sans faille ». Quel personnage ! Quelle histoire ! L’avenir du monde, enserré dans la guerre froide, peut basculer… et Fédorovski expédie néanmoins tout cela en quelques pages. Enlevez, c’est pesé… Ce n’est pas sérieux !

Rien n’est d’ailleurs sérieux dans cet ouvrage, à commencer par sa couverture : on y voit la belle Mata Hari parée de ses diadèmes et colifichets. Que vient faire sur ce livre consacré aux espionnes œuvrant au profit de l’URSS cette pauvre femme victime de sa mythomanie et qui se retrouva dans les fossés de Vincennes devant un peloton d’exécution ?

Il est pour le moins abusif de prétendre proposer au public « le roman des espionnes » sans préciser qu’il s’agit d’évoquer succinctement la geste de quelques femmes se dévouant pour le triomphe de leur patrie ; en fait, une exploration vite expédiée de l’espionnage soviétique. À titre d’exemple, pour n’en citer qu’un, on s’étonne que l’auteur oublie l’affaire Judy Coplon, une Américaine arrêtée en 1949 par le FBI.

Vladimir Fédorovski délaisse d’ailleurs ses belles espionnes pour s’intéresser à l’exercice des femmes d’influence qui se sont dépensées auprès d’écrivains français afin de les convaincre que l’espoir de l’humanité se trouvait au pays des Soviets. Romain Rolland, épris d’une transcendance universaliste, va tomber amoureux d’une belle Russe qu’il ne tarde pas à épouser. Sous les charmes de sa belle, il en pince aussi pour la révolution bolchevique dont il devient un zélé propagandiste. Confidences sur l’oreiller. Bien des trahisons se firent alors sous la moiteur des draps.

Elsa Triolet, elle, exerce son ministère auprès d’Aragon. L’auteur d’Aurélien, qui a chanté « le Guépéou nécessaire de », fut, après la rupture du pacte germano-soviétique, un procureur ignoble lors du procès mené par le français contre Paul Nizan. Aragon incarne de façon exemplaire le rôle que doivent occuper dans l’espace public les idiots utiles si chers à Lénine.

Espionnes, femmes d’influence : on est ici en présence de deux livres, avec un texte qui fait moins de 200 pages ! Et encore l’auteur de ce texte maigrelet a-t-il été aidé par une composition dans un corps pour lecteurs aux yeux fatigués.

Oublions aussi l’usage excessif des interlignes. On a l’impression de lire un télégramme du temps de la TSF. En l’occurrence, on doit parler d’un style télégraphique. Ici, on tire réellement à la ligne.

Voici donc, sur un grand sujet, un livre bien mince.

16 février 2014

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

À lire aussi

LIVRE : Sois sage, c’est la guerre, d’Alain Corbin

Alain Corbin retrace un monde à jamais disparu. C’était alors, au temps jadis, le monde de…