Culture - Livres - Société - 1 juin 2013

Livre / Le réactionnaire authentique, de Nicolás Gómez Dávila

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« Vivre avec lucidité une vie silencieuse, discrète, parmi les livres intelligents, et aimé de quelques êtres chers. » Une vie, sa vie, résumée en une formule. Des formules, des scolies ou aphorismes, c’est toute l’œuvre d’un génie trop peu connu. Œuvre magistrale, dense, étonnante, principalement constituée, non de textes, mais d’aphorismes, sorte de jalons d’une méditation lumineuse dans une modernité obscure et lourde.

Philosophe né il y a 100 ans à Bogota (18 mai 1913), il y est décédé en 1994. Colombien à l’immense culture européenne, il ne passa pourtant que quelques années de son adolescence sur le Vieux Continent, mais il en rapporta le meilleur : une curiosité intellectuelle insatiable, une solide culture classique, un amour des livres.

Plus besoin, dès lors, de voyages : avec l’aide d’un libraire autrichien, il se constitue une bibliothèque étonnante et une érudition effrayante. Protéiforme, inclassable, loin des systèmes philosophiques, comparable par certains côtés (autodidactisme, catholicisme traditionnel) à un Gustave Thibon, on pourrait le situer, peut-être, parmi les existentialistes chrétiens.

L’un de ses livres, disponible encore en France, s’intitule « Scolies pour un texte implicite ». Les Éditions du Rocher lui ont ajouté un sous-titre, plus vendeur, « Le réactionnaire authentique ». Ne vous fiez ni au titre, ni au sous-titre, ouvrez-le, au hasard, vous y verrez une réalité sombre et nue, dérisoire et piquante… notre monde. Chaque facette de la modernité ni décrite ou expliquée, mais comprise, simplement.

Dávila, c’est le poids des mots et leurs échos multiples, et le choc de ceux-ci contre notre âme. Toujours pertinent, parfois provocant, à lire et à relire. Au hasard : « L’Église a pu évangéliser la société médiévale parce que c’était une société de pécheurs, mais son avenir n’est pas prometteur dans la société moderne où tous se croient innocents. » Ou bien : « L’État moderne réalisera son essence lorsque la police, comme Dieu, sera témoin de tous les actes des hommes. » Et encore : « Le bourgeois est à gauche par nature et à droite par pure lâcheté. »

En écho à l’actualité, citons quelques autres de ses aphorismes : « Les concessions sont comme les marches de l’échafaud. » (Frigide, si tu entends…) « Le peuple n’est pas nécessairement vulgaire. Pas même dans une démocratie. Par contre, les classes supérieures d’une démocratie le sont nécessairement, parce que si ses membres ne l’étaient pas, ils ne se seraient pas élevés dans une démocratie. » (De Sarkozy à Hollande…) Et, en mémoire de la récente modification de la Constitution : « Le raciste s’exaspère, parce qu’il soupçonne, en secret, que les races sont égales ; l’antiraciste également, parce qu’en secret, il soupçonne qu’elles ne le sont pas. »

En guise de conclusion, n’oublions pas ces deux rappels : « L’intelligence est une patrie. » « Nous ne devons pas émigrer mais conspirer. »