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On goûte Michel Onfray comme on hume un plateau de fromages. Côte à côte du brie, du maroilles, du coulommiers, du grand puant de Bourgogne ou de la fourme d’Ambert. Il y en a pour tous les goûts. On passe du moelleux au ferme, du croûteux au crémeux. On n’a que l’embarras du choix.

Cet impénitent iconoclaste propose, avec Le Magnétisme des solstices, une vaste carte où il expose ses affections et ses aversions. En des ouvrages antérieurs, il n’a eu de cesse d’exprimer son allergie vis-à-vis du christianisme, pour ne pas dire sa répugnance pour une religion qui prône les béatitudes célestes pour les croyants méritants. Ces derniers devaient, avant d’accéder à un au-delà glorieux, se soumettre, sur cette basse terre, à toutes les mortifications. Pour lui rendre justice, il voue en fait aux gémonies les trois religions du Livre. Il lance sur son bûcher personnel la Bible, le Coran et le Talmud.

Onfray se fait le chantre d’un hédonisme radical, qu’il soit éthique, politique, érotique ou esthétique. Vaste programme. C’est un militant faisant l’apologie du matérialisme et de la joie de vivre qui dénonce toutes les aliénations carcérales.

Avec Le Magnétisme des solstices – joli titre poétique –, ce baladin érudit et provocateur propose donc à ses lecteurs d’entrer dans son univers conceptuel. Au fil des pages, il chante avec talent Épicure, Lucrèce. Dans un malicieux chapitre, il narre l’opposition radicale entre Diogène, dit le Cynique, et Platon. Deux discours radicalement antinomiques.

Fin connaisseur de la Grèce, admirateur de Nietzsche, détracteur farouche de Freud, ce zélateur de l’athéisme s’en va, chemin faisant, déterrer quelques auteurs victimes de la bien-pensance de leur temps. Explorateur de la pensée sauvage, c’est-à-dire inorthodoxe, Michel Onfray s’intéresse avec passion à tous ces auteurs de la rupture. Il nous offre un troublant vagabondage à travers l’histoire de la pensée. On tombe au cours de ce parcours sur des roses et des épines. Il exhume avec fougue des êtres qui se singularisèrent par des prises de position allant à rebours. Ainsi, dans un chapitre intitulé « Le chant guerrier d’un curé athée », il rapporte l’étonnante existence de Jean Meslier, véritable énergumène vivant sous Louis XIV. Cet homme d’Église prit pour cible « la religion catholique, Dieu, les prêtres, les moines, le Christ, les prophètes, l’Église, les Écritures ; les gens du pouvoir : princes, rois, empereurs, tyrans, nobles », ainsi que tous les autres parasites tourbillonnant autour du pouvoir. Le bougre, apôtre de l’anarchie radicale, avait bien avant l’heure fait sienne la célèbre devise du « ni Dieu, ni maître ».

Au cours d’un autre chapitre, on découvre « le bon abbé Lemire », promoteur des jardins ouvriers. Il fut ministre du Travail de Clemenceau, promut des réformes véritablement révolutionnaires comme le repos hebdomadaire, les allocations familiales pour les foyers d’au moins trois enfants, la retraite vieillesse… Il y a quelques bons curés pour Michel Onfray. Ils sont peut-être rares. Il suffit de les chercher et de leur rendre hommage.

En ce temps de la bien-pensance et du politiquement correct, cet imprécateur montre à travers son ouvrage une ironie caustique et un humour noir. On goûte avec gourmandise ce menu un tantinet hétéroclite débordant de saveur, même si quelques-unes sont par trop acides. Une farandole solaire.

Le magnétisme des solstices

6 novembre 2013

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