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S’il ne devait y avoir qu’une raison d’acheter ce livre qui vient d’être réédité, ce serait évidemment pour faire mentir Bastien Lachaud, inénarrable député insoumis, qui s’était plaint de l’audition du chercheur par le Parlement au motif que ses opinions n’étaient pas les bonnes. L’exemple du sectarisme avait été donné, quelques années plus tôt, à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr où M. Lugan, malgré ses qualités, avait été déclaré persona non grata, sur demande du cabinet du ministre de la Défense, pour des motifs visiblement idéologiques.
Pourtant, il y a d’autres raisons de se procurer son dernier ouvrage. Cette magistrale de l’Égypte, qui prend place dans une longue liste de livres remarquables (dont une Histoire du Sahel, recensée dans ces colonnes, et qui a fait date), ne décevra personne. Pour l’historien exigeant, remonte aux premiers royaumes (3.500 av. J.-C.) ; pour les enjeux géopolitiques, le fil logique qui mène des Ptolémée à la conquête britannique en passant par l’ est d’une clarté remarquable et aide à saisir toute la complexité de l’Égypte d’aujourd’hui. Les habitués des ouvrages de M. Lugan retrouveront les cartes simples et éclairantes, ainsi que les encadrés précis et complets, qui sont une des marques de son travail.
Les dernières pages, en particulier, sont la preuve qu’une histoire de l’Égypte, surtout rédigée par un tel spécialiste, n’arrive pas à contretemps en 2021. L’avènement de Sissi, qui remonte désormais à près d’une décennie, se prête à une analyse dépassionnée. Sa continuité avec Sadate et Moubarak semble évidente. Par ailleurs, last but not least, une malicieuse « annexe 1 » répond à la question « Qui étaient les anciens Égyptiens ? » On sait que certaines hypothèses « racialistes », du côté progressiste de la barrière bien sûr, défendent l’idée d’une Égypte « noire » qui aurait, comme la Grèce en Occident, été le foyer culturel du continent. Il suffit d’une poignée de pages à Bernard Lugan pour démonter cette imposture. L’Égypte ancienne était blanche et n’a pas rayonné sur tout le continent.
Tout comme pour son Histoire du Sahel, il y a fort à parier que l’Histoire de l’Égypte sera difficile à égaler. Les recherches rigoureuses, le ton didactique mais jamais pédant, la vulgarisation brillante sont décidément à mettre au crédit de l’universitaire, qui est sans doute l’un des plus sous-estimés de notre temps. Ce livre est à recommander sans réserve, pour toutes les raisons évoquées, mais aussi parce que l’Égypte tient une place à part sur le continent africain et n’a sans doute pas fini de faire parler d’elle. On ne saurait en connaître trop sur ce pays à l’Histoire immémoriale, à la singulière et au destin protéiforme.

3 avril 2021

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