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Les Anglais ont la réputation d’être d’impénitents bourlingueurs. Au XVIIIe siècle, Arthur Young écrivit son célèbre Voyage en France, un classique du genre. Ce grand voyageur réputé pour sa curiosité eut bien des émules. Ainsi Graham Robb, historien britannique, est un véritable amoureux de la France. Sa passion quelque peu éclectique l’a amené à s’intéresser à des gloires littéraires tels Balzac, Hugo, Rimbaud et Baudelaire dont il s’est fait le biographe.

Ce sympathique bonhomme est un véritable vagabond qui n’hésite pas à s’écarter des sentiers battus. Il chemine. Il s’en va par monts et par vaux au gré de sa fantaisie. Pour preuve, cette Histoire buissonnière de la France.

En un temps où la rapidité des déplacements prime, Graham Robb prise la lenteur. Il enfourche un vélo et, en compagnie de son épouse, va parcourir quelque 22.500 kilomètres à travers le pays. Au cours de ses balades ô combien sinueuses, il voit, il note, il interroge. Il étudie. Universitaire il est. Et que fait un universitaire digne de ce nom, formaté à l’anglo-saxonne ? Il prend d’assaut les bibliothèques, construit autour de lui une véritable muraille de livres, d’articles, de documents.

L’exploration des archives le ramène à continuer son enquête de terrain. Il collecte de petits faits, des anecdotes minuscules et compose un immense puzzle de l’histoire d’une France morcelée. Cette démarche a été trop souvent dédaignée par des narrateurs épris de centralisme, ayant la capitale pour point fixe. La géographie, on l’oublie trop souvent, détermine l’histoire. Graham Robb part donc à la recherche d’un temps révolu, à jamais perdu de la mémoire collective. « Ce processus d’oubli, écrit-il, fut l’une des grandes forces sociales à l’œuvre dans la formation de la France moderne. » Étonnant processus de quand il s’agit d’éradiquer us et coutumes locales, de créer une nation dont les habitants devaient perdre le parler tribal de leur « pays » au profit d’une langue codifiée. Était venu, en cette fin du XIXe siècle, le temps de la francophonie : « Au pays des mille langues, l’unilinguisme devint ainsi la marque de l’instruction. »

Le lecteur d’aujourd’hui doit faire un véritable effort pour réaliser que tous ces autochtones sont alors enfermés dans leur langue, leur dialecte, leur patois. Cette non-communication put avoir des conséquences dramatiques. Ainsi, par exemple, lors de la Grande Guerre, des Français se fusillèrent salement. C’est que dans les tranchées on entendait parler breton, basque ou auvergnat. Ce sabir inconnu ne pouvait être que celui des enfants de Guillaume, autrement dit des Boches, ces barbares envahisseurs de la patrie.

Graham Robb entrouvre une boîte à malice où abondent surprises et découvertes. Son exploration malicieuse se porte essentiellement sur le XIXe siècle ou la première moitié du XXe. La France est en pleine métamorphose. Il raconte à travers ce parcours la mémoire des lieux, mémoire aujourd’hui avalée par une modernité planificatrice.

On suit avec plaisir ce guide inspiré et bien enchanteur.

Une histoire buissonnière de la France

25 octobre 2013

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