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Le livre de François Bousquet La buissonnière (titre emprunté au regretté Pol Vandromme), tout juste sorti aux Éditions du Rocher, fait suite au passionnant essai de Patrick Buisson, la Cause du peuple, publié fin 2016. L’ouvrage de Bousquet, à mi-chemin entre biographie intellectuelle et science , analyse – à partir de nombreux entretiens avec l’intéressé et de savantes lectures – un itinéraire singulier et qui recèle une part de mystère.

Mysterium, initié, dérivé du grec fermer, serrer. Il y a du fermé dans le visage de cet homme qui cultive volontiers le secret. Et du serré dans sa pensée ordonnée, transitive, classique comme un jardin à la française, “animal amphibie”, dit l’auteur, ami du clair-obscur, Buisson est à la fois une “bombe à fragmentation” et le défenseur continuel des communautés naturelles contre la pratique contractuelle des relations humaines.

Continuel ? Malgré ses rôles successifs de conseiller des princes, Bayrou, Villiers et bien d’autres jusqu’à l’étonnant Sarkozy ? Oui, continuel, car son parcours mouvementé parfaitement mis en lumière par Bousquet est marqué par une recherche constante du recours au peuple. Dans son travail de journaliste, tout d’abord. Depuis Minute, la tunique de Nessus qui lui colle à la peau et jusqu’à Valeurs actuelles, à LCI et à la chaîne qu’il dirige. Partout, il s’applique à la défense du souverain : “Est souverain celui-là seul qui maîtrise le champ symbolique des interdits.” Totem et tabou, “nommer le totem et désigner le tabou”, favoriser le temps long en bon élève d’Ariès et de Girardet mais sans jamais oublier le présent, y compris et avec succès le présent électoral.

Le présent fut pendant cinq ans un échange souvent quotidien auprès de Nicolas Sarkozy avec des hauts très hauts – les périodes électorales – et des bas souvent très bas – le reste. Improbable alliance entre un “bonapartisme pour la télévision” (Marcel Gauchet) et le conseiller en plaques tectoniques électorales. L’homme du mythe avec le “mari de Carla”, l’homme du catholicisme national avec le catholique hors-sol.

Buisson est l’homme des oppositions peuple/élites, périphérie/centre, mythe/marketing, dissensus/consensus, /, démocratie référendaire/démocratie représentative. Avec un invariant : le retour au peuple. Dénonçant “la souffrance de la sous-, il refuse “la dépossession de soi et de devenir autre chez soi”. Son identitaire revendique l’appartenance religieuse sans nécessairement la croyance. Les et les églises deviennent des marqueurs d’ et doivent être défendues comme telles.

Homme multiple, historien de la musique populaire comme de l’érotisme sous l’Occupation, passionné de chant grégorien, stratège électoral, Buisson aura tenté d’influencer le prince : “Être roi ne sert à rien, ce qui compte, c’est de fonder un royaume.” Exécuté par les grands médias (“[la presse,] c’est neuf seaux de merde pour un dé à coudre de fleur d’oranger”), le système a fini par le rejeter en l’excommuniant. Cet homme profond et secret n’a sûrement pas dit son dernier mot. Gardez sur votre table de chevet ce portrait intellectuel, il vous servira de guide dans les moments de doute. Suivez Buisson et, pour cela, lisez illico Bousquet ! Vous ne le regretterez pas !

30 janvier 2017

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