Editoriaux - Histoire - Livres - Table - 8 octobre 2016

Livre : Désintégration française, de Dimitri Casali

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“Un peuple qui n’enseigne plus son histoire est un peuple qui perd son identité.” C’est par cette épigraphe que Dimitri Casali introduit son nouvel opus, Désintégration française, consacré à la crise de foi d’une France ne croyant plus en elle-même et en son génie issu d’une histoire aussi longue que glorieuse. Or, cette citation est empruntée à… François Mitterrand. Par ce pied de nez ironique, l’auteur pointe, finalement, celui par qui tout est arrivé. Le Florentin, dernier chef d’État cultivé de la Ve République, ne proclamait-il pas lui-même, par une formule lyrique, que “la France est notre patrie, l’Europe est notre avenir”, manière cynique d’annoncer que notre pays, emporté dans le maelström bruxellois, se conjuguerait désormais au passé.

Serions-nous malades d’avoir eu une trop grande histoire ? Et de ne plus pouvoir la transmettre ? Casali pose clairement le problème, exhumant, par contraste, cette phrase toute barrésienne de Cocteau selon laquelle “les vrais tombeaux des morts, c’est le cœur des vivants”. Mais transmettre, soit étymologiquement s’ouvrir à la « tradition » de nos ancêtres, suppose des héritiers. Or, ces derniers ont été littéralement exhérédés par une école républicaine qui n’a de cesse, depuis trente ans, de les embrigader à coups de « valeurs de la République » éthérées, d’un émollient « vivre ensemble » multiculturaliste et diversitaire et de « pasdamalgam » allahïcitaire d’essence totalitaire.

En outre, ces mêmes héritiers constituant l’humus originel de la nation France ont été rapidement sommés, au nom de « l’ouverture » et de la « tolérance », d’accueillir l’Autre, cet « immigré », nouveau damné de la terre venu du Maghreb ou d’Afrique noire, rejoint par sa famille, amenant avec lui ses us et coutumes… et son indécrottable culte islamique. Intrinsèquement, ce « communisme avec Dieu » contredit à angle droit la nation France, comme sa loi républicaine.

Notre historien, digne continuateur de Lavisse, infatigable combattant de l’Histoire sans poudre ni fard, conserve au fil de ses livres l’insigne mérite de ne jamais désespérer, même si, convenons-en, la pente sera longue et ardue à remonter. À cet égard, l’auteur revient aux racines du mal, soit à la désintégration de l’école française par les déconstructeurs soixante-huitards, adeptes d’un « rousseauisme dégénéré », inamovibles « maniaques du bricolage pédagogique », avec la complicité active des gouvernants de droite comme de gauche, soucieux d’enlever leur pierre à l’édifice par des réformes aussi ineptes que catastrophiques, au point que “l’Éducation nationale concentre tous les travers de la France”.

Néanmoins, à lire le propos souvent (et à juste titre) scandalisé et ulcéré de Casali, l’on se perd dans un abîme de conjectures sur la portée de ce fameux article L.111-1 du Code de l’éducation, dont ce dernier cite d’ailleurs un extrait du deuxième alinéa aux termes duquel, “outre la transmission des connaissances, la Nation fixe comme mission première à l’école de faire partager aux élèves les valeurs de la République”. Y réside toute l’ambiguïté (et, partant, le nœud de la crise tragique que traverse le système éducatif français depuis plus de quarante ans) de la mission de l’école française, oscillant entre l’embrigadement de clones républicains psalmodiant le triptyque révolutionnaire et l’impératif de formation et d’instruction de petits Français avant tout dépositaires d’un héritage civilisationnel indivis. À notre sens, c’est à une réorientation totale des missions de l’école qu’il conviendrait de procéder, attendu qu’il est préférable d’avoir didactiquement et philosophiquement tort avec Voltaire ou Aristote qu’aveuglément et dogmatiquement raison avec Marianne.

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