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L’utopie, un fruit de l’humanisme

En imaginant l’île d’Utopia comme métaphore de la perfection politique et sociale, Thomas More, célèbre théologien et conseiller politique du roi d’Angleterre, forge un néologisme à partir d’une racine grecque signifiant un « lieu qui n’est nulle part ». L’étymologie même du mot indique donc que l’utopie n’existe pas et ne peut exister. […] L’île d’Utopia est un sanctuaire inviolable, régi par les mathématiques, qui seules peuvent donner l’exacte mesure des choses, et assurer ainsi l’égalité réelle et la parfaite harmonie. Tout y est réglé comme du papier à musique. C’est un véritable paradis terrestre : « Vous voyez que, en Utopie, l’oisiveté et la paresse sont impossibles. On n’y voit ni tavernes, ni lieux de prostitution, ni occasions de débauche, ni repères cachés, ni assemblées secrètes. Chacun, sans cesse exposé au regard de tous, se trouve dans l’heureuse nécessité de travailler et de se reposer, suivant les lois et les coutumes du pays. L’abondance en toutes choses est le fruit de cette vie pure et active. Le bien-être se répand également sur tous les membres de cette admirable société ; la mendicité et la misère y sont des monstres inconnus. » (…)

Maintenant, comment Utopia de More ou Utopie de Huxley seraient-elles possibles ? Quiconque imagine par exemple une où il n’y aurait « ni tavernes ni lieux de prostitution » est un doux rêveur. L’expérience montre qu’une telle société est inimaginable. Pour que idéal de l’utopie advienne, il faudrait reconditionner l’homme en le libérant de toute son expérience sociale passée. Ou alors il faudrait bâtir à partir du mythe du « bon sauvage ». Précisément, l’île conquise par le roi Utopus abritait « une population grossière et sauvage ». L’idée est la suivante : en conditionnant l’homme à partir de son état le plus brut, on peut parvenir à l’objectif. More emploi le verbe « humaniser » pour décrire le processus de engagé par le roi Utopus. C’est donc bien au nom d’un certain humanisme - idée que l’homme n’est pas totalement homme mais le devient pleinement par progrès - que ce conditionnement s’opère en vue de l’harmonie. L’enfer d’Utopia est pavé des bonnes intentions de l’humanisme. En Utopie de Huxley, la tâche est plus complexe : le processus ne part pas de l’homme grégaire. Le conditionnement initial devient ici un reconditionnement complet. Cependant, les nouvelles générations sont, quant à elles, disponibles à un conditionnement et une programmation. Si le roi Utopus débarquait aujourd’hui sur les rivages de nos sociétés postmodernes, comment s’y prendrait-il pour assurer l’harmonie qui, manifestement, n’y règne pas ? Il agirait de la même manière qu’en Utopie de Huxley : il reconditionnerait la pensée, la culture, le vocabulaire, opérerait une purge du passé, le tout par le moyen d’une culture de masse porteuse de mœurs radicalement neuves. Quant aux nouvelles générations, il les conditionnerait et les programmerait dès le plus jeune âge, avant même qu’elles n’aient été polluées par la première expérience sociale, à savoir la famille, voire même la grossesse.

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17 août 2015

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