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Entre libelle et pamphlet, tantôt sérieux, tantôt caustique, révolté jusqu’à l’incandescence mais jamais résigné, cruel mais toujours juste, telles sont les caractéristiques du dernier opus de Philippe Bilger. Par son style néo-classique – dont l’inhabituelle musicalité détonne avec le vacarme insipide de l’actuelle logorrhée politico-médiatique –, sans sombrer, à aucun moment, dans l’affèterie ou le pédantisme, l’auteur s’inscrit parfaitement dans la longue lignée d’une tradition littéraire bien française : celle d’une plume équilibrée déliant une langue élégante dont la beauté formelle nous aide à supporter la litanie exaspérante des « Taubiratés », égrenés dans trente-deux chapitres aussi succincts que denses. Les mots sont pesés au trébuchet et l’on eût aimé les écrire soi-même.

Une cure littéraire d’altitude mentale – comme aurait dit Proust –, donc, à la hauteur d’un noble sujet, la justice, dont l’incoercible et naturelle apesanteur se trouve réduite aux acquêts des affligeantes incompétences des gardiens des Sceaux qui se sont succédé sur deux décennies, de Guigou à Perben, de Lebranchu à Dati, de Toubon à Mercier. Jusqu’à Taubira, objet de la saine colère de notre ancien avocat général qui ne ménage pas cette icône mythique et totémique du Tout-Paris médiatique.

Vitupérant contre son « socialisme de l’inabouti, de l’irénique et du conceptuel », il raille son « narcissisme somptueux », « sa propre adoration enivrée d’être si bien dite », « son verbe surmultiplié ». Avec raison, Bilger pourfend cette « gauche judiciaire [qui] s’accommode trop volontiers de l’incontournable part perverse et transgressive de toute société ». En termes moins euphémistiques, la gauche est consubstantiellement incapable de gouverner, prisonnière de son humanisme verbal, paravent rhétorique de son indécrottable déni du réel. C’est l’« excusisme » à tous les étages, cette doctrine mièvre et sirupeuse qui consiste à tenir l’insécurité pour un vague « sentiment », tandis que déferlent des vagues de criminalités organisées sur des Français méprisés pour leur allergie aux délices de la mondialisation heureuse.

Avec Taubira, dire, ce n’est surtout pas faire. Si sa parole judiciaire est contre-performative, elle incarne à merveille le Verbe culpabilisateur, preuve de sa farouche détermination à régler son compte à la France colonisatrice, blanche et chrétienne. Pain bénit, les singeries racistes à front de taureau de quelques agités ont littéralement mithridatisé, autant que sublimé, l’échec de sa politique pénale. Cette « Guyanaise ministre […] avant tout indépendantiste » a insidieusement forgé ce « piège implacable qui, si l’on met en cause la médiocrité de la ministre, renvoie à la Guyanaise, à la femme noire… et vous accuse de racisme virtuel ». Philippe Bilger assène pourtant que « ce racisme épouvantable à l’encontre de Christiane Taubira est d’abord apparu parce qu’elle est un mauvais garde des Sceaux, choisi sans discernement par le président de la République ».

Et pendant ce temps, notre justice – chose publique inaliénable et sacrée – dérive, tel un bateau ivre, dans les eaux tourmentées d’une chancellerie encore plus aveugle qu’elle.

29 avril 2014

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