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« Couvrez ce sein que je ne saurais voir », déclare Tartuffe. En paraphrasant cette proclamation par trop pudique, on pourrait entendre dans la bouche d’un musulman : « Couvrez ce visage… »

Bruno Nassim Aboudrar, professeur d’esthétique à Paris 3, est naturellement prédisposé à s’intéresser à l’image et à son message. Voici donc une invitation à partir à la découverte de deux mondes que tout sépare, apparemment peut-être.

L’ se caractérise par son refus de l’image. L’auteur, en une approche originale, désire montrer comment cette religion, non seulement s’est convertie aux images, mais s’en sert dans une démarche missionnaire. Le voile devient une image, une affiche, un signe d’apparence. Il est aujourd’hui perçu comme devant être l’étendard du prophète. La femme, en le portant, se transforme en icône. Succinctement évoqué dans le Coran, il est porté depuis des millénaires à travers tout le bassin méditerranéen. Son port remonte donc à la plus haute Antiquité, bien avant l’avènement du prophète Mahomet.

La chevelure exalte sinon la luxure, du moins le sensuel. Le voile est toujours un signe d’humilité, quand ce n’est pas l’affirmation du renoncement au monde et au plaisir. On regrette que l’auteur n’ait pas donné plus d’ampleur à son analyse dans son chapitre intitulé “Quand le voile était chrétien”.

Le voile intégral, comme le niqab dans arabe ou le tchador pour l’Iran, ne doit pas occulter le port d’un voile partiel recouvrant la chevelure et laissant totalement le visage à découvert. À l’opposé de l’Afghanistan, de l’Iran, des pays du Golfe, terres du wahhabisme et du salafisme, au Maroc, en Tunisie et en Égypte, les femmes ne dérobent pas leur visage ou leur corps au regard de l’autre, mais seulement leur chevelure. On a du mal à comprendre la dérobade de l’auteur qui n’évoque jamais cette différence fondamentale. Il a, en la circonstance, une vision partielle et bien déconcertante. On peut imaginer qu’il évite ainsi d’aborder la perception du corps de la femme dans un érotisme de l’ où elle doit être lisse, marmoréenne.

Le voile islamique a une signification éminemment contradictoire. Il montre d’abord l’appartenance à un système religieux. Il est, de ce fait, perçu comme une protection. Il décourage la sollicitation. Il marque, par sa présence, la frontière qui sépare l’intimité de l’être de la promiscuité publique. Il est gage de modestie, de pudeur, de respectabilité. Il marque – bien que l’auteur soit ici d’une discrétion de violette – l’appartenance à un groupe. La couleur, la broderie, la façon dont il est porté, la matière sont autant de vecteurs signifiants et signifiés. Il révèle une classe sociale, affiche l’âge.

La femme voilée est bien moins anonyme qu’on ne le croit. En terre d’islam, le dévoilement s’avère une véritable guerre d’indépendance contre des structures d’un système patriarcal archaïque. Le voile se trouve alors comme la preuve d’une pratique moyenâgeuse. Il affirme la ségrégation radicale. En le retirant, en refusant de le porter, la femme musulmane déclare sa volonté de s’affranchir de bien des carcans.

Bruno Nassim Aboudrar est un contorsionniste. Il a l’art de l’esquive et de la dérobade. Évoquant les musulmanes d’ qui choisissent de porter le voile, il se garde d’évoquer leurs origines. Une multitude d’études récentes sur ce sujet délicat montre pourtant que les jeunes femmes issues du Maghreb sont, pour la plupart d’entre elles, en rupture avec leur culture familiale. Il se garde aussi de s’interroger sur le profil de celles qui placent leur tête sous le hijab ou le célèbre tchador iranien. Il ne peut manquer de savoir que nombreuses sont celles, baptisées dans la foi chrétienne, qui, en exhibant leur voile, montrent leur nouvelle foi en se plaçant dans la main d’Allah. Il y a une symétrie dans ces démarches de rupture. Un matérialisme parfois forcené s’oppose à une quête spirituelle et à une contestation radicale de la société.

Les sociétés occidentales rejettent le voile qui est perçu comme une déclaration de guerre idéologique et comme le refus de toute intégration et assimilation. L’inconscient collectif, la conscience ne peuvent voir une telle affiche qui proclame « Nous ne sommes pas de votre monde » sans réagir violemment. Le passant qui croise une silhouette enveloppée de sa burka voit glisser une ombre. Il ne voit pas une noire pénitente comme une de ces pleureuses du tombeau de Philippe Pot datant du XVe siècle. Il pense plutôt à Belphégor, divinité maléfique errant dans les sous-sols du Louvre.

Voici un texte partial et partiel.

9 avril 2014

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