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Le titre claque comme un coup de canon. Shlomo Sand n’est pas un olibrius cherchant à se faire remarquer par la provocation. Sa démarche témoigne du contraire. Professeur d’ contemporaine à l’ de Tel Aviv, il se fit remarquer en rédigeant « Comment le peuple juif fut inventé », sous-titré « De la Bible au sionisme ». L’ouvrage déclenche une vaste polémique et fut à l’origine de débats passionnés. En Israël, son succès fut immense.

Shlomo Sand reprend et développe son analyse. Pour lui, le peuple juif est un concept forgé de toutes pièces par les pères fondateurs du sionisme au cours des dernières années du XIXe siècle. Or, par définition, un peuple se compose d’une multitude d’individus ayant un territoire commun et se plaçant sous une même autorité. Il peut être constitué par des éléments disparates appartenant à l’origine à plusieurs nationalités. Un peuple a besoin d’une nation, d’un État, d’une patrie.

Comme tout bon historien, Shlomo Sand se penche sur le lointain passé des errants qui furent, après l’Exode, dispersés de par le monde. Il constate que la notion de peuple juif relève du mythe et appartient à la légende. « L’année prochaine à » est un vœu pieux exprimant l’ultime rendez-vous du peuple élu, enfin réuni et retrouvant les lieux saints. La formule exprime la pensée politique des pères fondateurs du sionisme. Mais qu’en était-il avant ?, s’interroge l’historien. Ses recherches très libertaires s’avèrent vite terriblement iconoclastes. Elles vont mettre à bas bien des certitudes et contrecarrent une multitude d’affirmations péremptoires.

Ainsi, à titre d’exemple, l’auteur montre que du XVIIe siècle jusqu’à la fin du XIXe, les rabbins dispersés à travers toute l’ expriment les plus grandes réserves pour le rêve d’implantation dans les terres de Canaan. Cet espace géographique n’est en aucun cas la Terre promise. Passant de la vision métaphysique à l’expression politique, ils affirment que tout Juif n’a qu’une seule patrie : celle où il réside, vit, procrée et meurt. Le sionisme marque une rupture véritablement révolutionnaire avec la perception du monde. Pour les Juifs, la Terre sainte n’avait pas jusqu’alors une réalité tangible, c’était un espace somme toute virtuel selon notre conception du XXIe siècle. Il était inconcevable dès lors d’en concevoir une matérialisation. L’idée d’un territoire national, en un mot d’une patrie, s’avérait donc inconcevable. Sion, la montagne de Jérusalem, peut être un but de voyage éphémère mais ne saurait être l’objet d’un pèlerinage, et à raison majeure, d’une implantation.

Avec la révolution sioniste, la Terre sainte devient un espace défini ayant une réalité physique et s’inscrivant désormais dans le temporel. Le XXe siècle voit l’émergence de « la terre d’Israël », une nation, une patrie.

Avec une habileté consommée, s’appuyant sur une érudition maitrisée, Shlomo Sand explique cette véritable mutation des mentalités. Au début était le verbe, et le verbe s’est fait chair. Shlomo Sand montre l’existence d’un profond fossé tour à tour métaphysique et moral séparant le judaïsme historique et le nationalisme juif. Aujourd’hui, force est de constater la réalité d’un véritable antagonisme entre un judaïsme libéral et un sionisme de plus en plus rigoureux.

Son texte se révèle parfois aride, austère, complexe et bien déroutant pour des lecteurs se complaisant souvent dans les clichés. Ici, il faut laisser à la porte une multitude d’a priori. Ceux qui feront cet effort seront récompensés en accédant à une approche d’une de pensée si souvent entravée par une multitude de poncifs. Ce livre aura le mérite d’irriter tout le monde. Voici donc une belle invitation au débat.

Comment la terre d’Israël fut inventée – De la Terre sainte à la mère patrie, Champs Histoire, Flammarion

9 mars 2014

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