Livre : “Ça tiendra bien jusqu’en 2017”

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Avec un titre pareil, on peut s’attendre à lire une charge en règle contre François Hollande, son immobilisme, sa manière de faire le dos rond en attendant une embellie conjoncturelle susceptible d’assurer sa réélection. Si c’est ce que vous cherchez, vous ne serez pas déçu. Mais l’ouvrage de Sophie Coignard et Romain Gubert, journalistes au Point, va bien au-delà…

Même si les dirigeants en place en prennent pour leur grade, les auteurs n’épargnent personne et dénoncent un système à bout de souffle fait de postures et de « com’ », de faux-semblants et de connivences malsaines, d’enflure rhétorique et d’annonces audacieuses jamais suivies d’effets. Le mal est profond et ancien. Certes, le quinquennat qui s’achève illustre à merveille – si l’on ose dire – la faillite de ce système mais, en amont, les mauvaises habitudes étaient déjà solidement installées. Ce livre propose un concentré de scoops et révélations tels que les publient régulièrement Le Canard enchaîné et la Cour des comptes, et il s’appuie en outre sur des propos, des anecdotes recueillis méthodiquement par ce binôme de fins observateurs de notre vie politique.

En deux parties (“ils font semblant de gouverner” ; “quand ils gouvernent, c’est encore pire”), il serait amusant s’il s’agissait d’une caricature. Malheureusement, les faits parlent d’eux-mêmes et il s’agit de la France…

Vous découvrirez – si vous ne le savez déjà – la manière dont les Américains, y compris au plus haut niveau, se sont payé la tête de notre Président et de la délégation française lors de leur visite d’État aux États-Unis ; les coups de téléphone intempestifs et pannes d’oreiller de Jean-Paul Huchon ; les copinages qui sont de formidables accélérateurs de carrière ; les apparatchiks qui passent une vie dans les coulisses du pouvoir sans jamais être confrontés au monde réel ; l’autocensure et la flagornerie des journalistes de cour ; les parlementaires qui préfèrent cajoler leur électorat local plutôt que de légiférer ; les potentats de micro-forteresses syndicales qui font reculer les ministres ; et, par-dessus tout, l’art et la manière de dilapider l’argent public… un vrai savoir-faire !

Parmi les rares rescapés de ce naufrage sont brièvement cités les noms de Bernard Cazeneuve et  ; un hommage plus appuyé est rendu à Jean-Christophe Fromantin, député-maire de Neuilly-sur-Seine, qui ne s’est pas laissé intimider par Nicolas Sarkozy, et à René Dosière, qui traque inlassablement les turpitudes de notre petit monde politique.

Alors que d’autres épisodes tout aussi désolants et révélateurs ne manqueront pas de survenir en cette fin de règne, fallait-il, pour ce livre, un ultime chapitre en guise de conclusion ? Elle est expédiée en trois pages et demie et se contente de nous rappeler que, dans des pays comparables, des hommes d’État ont eu le courage de faire de vraies réformes : le Québécois Paul Martin, le Suédois Göran Persson, l’Allemand Gerhard Schröder, l’Italien Matteo Renzi…

En France, on a eu Jacques Chirac. À son sujet, voici ce qu’on peut lire dans cet ouvrage : en 2002, Francis Mer, son nouveau ministre de l’Économie et des Finances issu de la société civile, industriel courageux capable d’assumer des décisions difficiles, demanda audience à l’Élysée. Il voulait attirer son attention sur un problème dont il venait de découvrir la gravité : l’endettement de la France, lourd de menaces pour l’avenir. Cette démarche eut le don d’assombrir l’humeur du Président, qui interrompit rapidement l’importun : “Écoutez, Mer, cela fait trente ans qu’on se démerde comme ça. Alors, ça peut bien durer encore un peu.” Une réplique peut-être symptomatique d’un certain état d’esprit corrézien, puisque le titre de cet ouvrage lui fait écho ; elle est, aux dires des auteurs, volontiers prononcée, en privé, par l’actuel président de la République.

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