L’odieux sexisme des jouets : voilà le thème récurrent de l’indignation féministe en cette période de Noël. C’est le « marronnier » de circonstance, le disque rayé qui revient chaque année en décembre même si, à cette date, on récolte plutôt les marrons à l’étal des confiseurs que dans les cours d’école.

« Marre du rose » est le nom de la dernière campagne d’Osons le et des Chiennes de garde. Factuellement, elles n’ont pas tort lorsqu’elles dénoncent :

À l’approche de Noël, que nous propose-t-on dans les magasins de jouets au “rayon filles” à mettre dans notre caddie ? Maquillage, manucure, bijoux, robe de mariée, chaussures à talons, robes de princesse, poussette, dînette, serpillière et balai ! Renvoi à la sphère domestique et obsession de l’apparence. Rose, rose et toujours rose pour bien marquer que ces jouets ne sont surtout pas destinés aux garçons.

Elles auraient même pu ajouter qu’en dehors des périodes de fête, justement, où l’on propose force tutus de mousseline et autres collants pailletés, il est extrêmement difficile de trouver des vêtements pour fillette qui ne soient pas rose pisseux, rose thé ou rose layette, lie-de-vin, bordeaux et maronnasse à tendance prune. Vrai, aussi, qu’on trouve au “rayon garçons” “de multiples répliques d’armes, des super-héros valorisant force et domination, des jeux de construction, des jeux scientifiques valorisant la capacité à construire et imaginer”.

Avant de pousser plus avant, je répondrai donc à ces dames que nul n’est obligé de tomber dans ce manichéisme crétin, et que le choix des cadeaux est (encore) une liberté parentale : dis-moi ce que tu offres, je te dirai qui tu es. Je leur dirai aussi de passer le nez, à l’occasion, dans la chambre des enfants et de les regarder jouer entre frères et sœurs. On pourra ensuite reparler des stéréotypes…

Ce qui me frappe davantage, ici, c’est une fois de plus l’indignation extrêmement sélective de ces mouvements : osons le féminisme, oui, mais ne sortons surtout pas des clous ! Indignons-nous là où l’on ne risque rien. Car il est évidemment plus facile de dénoncer le sexisme des marchands de jouets que l’esclavagisme des barbus. Ou de s’en prendre à Miss France, cette odieuse compétition de dindes en maillot de bain et talons aiguilles, plutôt qu’à ceux qui enferment leurs femmes sous la bâche.

En témoigne, ainsi, la liste de leurs campagnes : l’abolition de la prostitution, “Take Back the Metro” pour être tranquille dans les transports en commun (en opérant la ségrégation des sexes ?), “Aux grandes femmes la patrie reconnaissante” pour leur entrée au Panthéon, la suppression du mot “Mademoiselle” dans les courriers administratifs, “Bougez pour l’ ou encore les vidéos “Osez le clito”. Enfin, pour la prochaine Saint-Valentin, le retour de la campagne LesBieFamily : “Ta meuf, tu l’as rencontrée où ?”, “Avec ta meuf, c’est pour quand le mariage ?”, etc.

Une image ou ne serait-ce qu’une ligne contre le port du voile ? Non, aucune, pas même pour défendre ces petites filles qu’on cache sous les chiffons dès la poussette (on en voit dans le métro). Pas un mot sur ces femmes qui ne peuvent se rendre dans les services de soins qu’accompagnées, dont les maris barbus et tortionnaires mettent parfois la vie en danger parce qu’ils refusent qu’un médecin homme les examine. Rien sur toutes celles qui vivent enfermées dans leur gourbi et ne parlent toujours pas un mot de français après vingt ans de présence sur le territoire.

A-t-on vu les associations féministes relayer la campagne de ces femmes courageuses qui ont tourné leur vidéo dans les rues de Sevran, épurées de toute présence féminine parce qu’“ici, c’est comme au bled” ? Vous connaissez la réponse.

22 décembre 2016

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