Il y en a, comme Lucky Luke, qui tirent plus vite que leur ombre ; d’autres, comme Jean-Marc Ayrault ou Manuel Valls, qui veulent dissoudre plus vite que la justice ne le permet… Et il y a ceux, comme les maires de Versailles et de Saint-Cloud, qui censurent plus vite encore que la raison ne le tolère !

Quelle mouche déraisonnable a bien pu piquer ces élus locaux pour qu’ils retirent des rues de leurs cités les quelques affiches publicitaires du film d’Alain Guiraudie, L’Inconnu du lac ?

D’autant que cette affiche est loin d’être si abominablement aguicheuse que cela… Que représente-t-elle ? En gros plan, deux visages de messieurs s’embrassant sur la bouche et, en arrière-plan, de lointaines silhouettes sur les bords d’un lac. Allez, oui, l’une des silhouettes masculines, tout au fond, effectivement, si on y voit malice, est peut-être en train de pratiquer une fellation sur une autre… ou, si on n’y voit pas malice, développer ses pectoraux dans de très sportives pompes sous le regard rêveur de l’autre. Au choix !

Précisons encore qu’il ne s’agit pas d’une photo, mais d’une peinture dans un style rappelant davantage les peintures de Gauguin – aux personnages bien plus dénudés – que les lithographies – beaucoup plus sexuellement suggestives, elles – de Jean Cocteau. Guère de quoi émoustiller le passant à qui l’on impose bien plus d’images pornographiques, de slogans suggestifs ou de publicités à sous-entendus sexuels tout au long de la journée, que ce soit dans les rues qu’il emprunte, dans les télés-réalités qu’on lui inflige chaque soir… ou sur les réseaux sociaux dont il est membre…

S’en prendre à cette affiche somme toute banale, à en faire retirer les quatre exemplaires (!!!) des panneaux publicitaires de sa ville et se justifier comme Éric Berdoati, maire UMP de Saint-Cloud, en affirmant qu’« il ne s’agit pas de censurer une œuvre cinématographique, ni d’homophobie, mais bien de chercher à calmer les uns et les autres après tant de mois d’affrontements et de heurts », n’aura eu pour effet immédiat que l’appel à manifester de l’association SOS homophobie qui va pouvoir continuer à hurler à la discrimination des minorités et justifier ainsi son existence sonnante et trébuchante… et à la ministre Aurélie Filippetti « d’y voir là un acte de censure qui porte atteinte à la liberté de communication et d’expression ».

Une fois encore, en pareil cas, la polémique ainsi faite à un spectacle en voulant l’interdire, ou simplement en voulant lui supprimer ses moyens de promotion, lui assure une publicité inespérée et risque d’attiser la curiosité du chaland bien au-delà des espérances du réalisateur… tout en ouvrant la porte à d’éventuelles revendications identiques des associations gay : l’interdiction de représenter des couples hétérosexuels en train de s’embrasser… ou de perfectionner leurs pectoraux ! Bien tristes perspectives…

Partager

À lire aussi

Ebola : peut-on vraiment parler de pandémie ?

La Commission européenne a mobilisé 2 millions d’euros supplémentaires en juillet dernier.…