Editoriaux - Politique - Société - 14 février 2015

L’impayable monsieur Sapin

Les autoroutes surfacturent. C’est la Cour des comptes qui le dit. Alors Corinne Lepage prend la tête d’une manif et lance une idée “citoyenne” : tous les utilisateurs de certaines autoroutes présentent leurs tickets de péage en exigeant des sociétés voraces une ristourne de 20 %. Pourquoi certaines autoroutes seulement ? Parce que ce sont celles où les péages auraient dû baisser à mesure de l’amortissement : c’est dans le contrat. Pourquoi 20 % ? Parce que.

Qui est chargé de faire respecter le contrat par lequel l’État a concédé la gestion des autoroutes au secteur privé ? L’État, bien sûr.

C’est là que l’affaire devient cocasse. Le ministre des Finances, dont le boulot consiste précisément à surveiller ce genre de choses, soutient l’action de madame Lepage ! On se frotte les yeux ! On se dit qu’il y a un bug sur la ligne, une erreur quelque part ! Eh bien non ! , en rigolant, appuie l’initiative. ! Vous savez, c’est celui qui voyait la courbe du chômage s’inverser au prétexte que, pendant un mois, elle avait augmenté un tout petit peu moins qu’avant. Monsieur Sapin devrait se faire tout petit. Et son chef, le premier des ministres, serait bien inspiré de lui demander de ne pas se réjouir bruyamment en public des failles du gouvernement. Il serait bien avisé, également, de lui demander de mettre en œuvre les préconisations de la Cour des comptes.

Qui n’a pas fait son boulot, dans cette affaire ? Pas vous ! Pas moi ! C’est forcément quelqu’un qui occupe, dans un ministère, un bureau sur la porte duquel est inscrit : « Ici, fixation annuelle des péages d’autoroutes ». Ce fonctionnaire a discuté avec les sociétés d’autoroutes, puis un ministre a signé un papier autorisant une hausse des péages de 0,57 % à compter du 1er février 2015. Hausse remisée au placard, depuis.

Les applaudissements, bruyants et indécents, de monsieur Sapin en disent long sur l’état de déliquescence de nos gestionnaires. Dans cette affaire, c’est à l’État d’agir, pas aux automobilistes. Et l’État roupille ! À moins qu’il ne faille chercher ailleurs l’explication. Pendant que l’État suspend les hausses des péages des autoroutes concédées, donc privées, il relève lourdement les tarifs des autoroutes publiques : +3,42 % entre Rueil et Jouy-en-Josas, +3 % pour le viaduc de Millau, +2,9 % pour la portion Rouen-Alençon, etc. Et voilà des recettes en plus. Les cochons de payants, ce sont toujours les automobilistes, mais leurs sous ne tomberont pas dans la poche des sociétés privées. Voilà une belle politique “de gauche”.

Mais vraiment, monsieur Sapin ne devrait pas rire. Madame Lepage pourrait bien, un jour prochain, élargir son action : elle demanderait à tous les contribuables de présenter leurs avis d’imposition à monsieur Sapin en exigeant de lui une ristourne de 20 % pour prélèvement abusif.

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