L’impasse européenne

Deux scrutins se déroulaient dans l’est de l’Europe, le week-end dernier. Les résultats traduisent l’impasse du continent. Les Autrichiens votaient pour le 1er tour des présidentielles. Les Serbes élisaient leurs députés. À Vienne, c’est le candidat FPÖ Norbert Hofer qui est arrivé largement en tête avec 36 % des suffrages. Les deux partis qui ont monopolisé la vie politique du pays depuis l’après-guerre et sont unis pour le diriger, le SPÖ et l’ÖVP – les équivalents du PS et de LR -, ont été éliminés pour le second tour où le candidat « vert » Alexander Van der Bellen (21 %) sera opposé au candidat souverainiste. À Belgrade, au contraire, si le parti nationaliste revient au Parlement, si les socialistes, ex-communistes arrivent en seconde position, le Premier ministre Vučić et son parti de centre droit favorable à l’entrée du pays dans l’Union européenne améliorent leur majorité avec 52 % des voix.

L’Autriche est un petit État mais qui a hérité d’une identité forte à travers une histoire et une culture prodigieuses. Sa population vieillissante et relativement prospère voit avec crainte la pression migratoire. Le chômage augmente : il est passé de 8,7 % en octobre 2015 à 10,6 % en janvier 2016. La concurrence des pays voisins dans l’Union, mais sans l’euro (comme la Hongrie), celle des travailleurs européens détachés de pays où les charges sociales sont moins élevées, la pompe aspirante à l’immigration musulmane du grand voisin allemand soulèvent d’autant plus d’angoisse que Bruxelles ne paraît ni pouvoir, ni même vouloir protéger les pays membres les plus fragiles contre ces menaces. Le gouvernement dirigé par une coalition identique à celle de l’Allemagne, mais avec un chancelier socialiste (Werner Faymann), a pris sur la question migratoire une position beaucoup plus ferme que celle de Mme Merkel. Cela n’a pas été suffisant. Il faut dire que les État voisins – et historiquement liés à l’Autriche – de la Hongrie, de la Croatie et de la Slovénie se montrent de plus en plus hostiles au passage des migrants. On peut attendre une mobilisation anti-populiste contre Hofer. Élu, il n’aura guère de pouvoirs, sauf celui de nommer les ministres issus de la majorité législative et de dissoudre la Chambre. Il a logiquement promis de le faire si le gouvernement ne s’opposait pas au déferlement migratoire. En revanche, son adversaire a indiqué qu’il ne nommerait pas de ministres FPÖ, même si ce parti gagnait les élections. Ces annonces montrent que c’est bien le populiste qui est démocrate et non l’inverse, comme on veut le faire croire.

La victoire du SNS d’Aleksandar Vučić (Александар Вучић) en Serbie mérite d’être bien interprétée. Le Premier ministre est, certes, très favorable à l’Europe, mais il a été ministre de l’Information de Milošević. Vučić est pro-européen par pragmatisme. Son positionnement politique conservateur, libéral en économie et patriote, le rapproche en fait d’un Viktor Orbán. L’idée d’un eldorado européen sans frontières et rutilant de prospérité s’estompe. Le manque de volonté et de résistance de l’Union européenne inquiète suffisamment pour réveiller les énergies nationales dans une Europe qu’on voudrait plus solidaire, même si elle abandonnait sa dérive supranationale. L’impasse européenne se situe entre ces deux désirs, celui de conserver les acquis sans perdre la souveraineté ni l’identité. Obama est venu peser sur les choix européens, le vote des Britanniques notamment, pour faciliter la vie des Américains et éloigner davantage la Russie. Il devrait renforcer le scepticisme plutôt que réveiller l’enthousiasme. Avons-nous intérêt à négocier comme un seul homme le traité de libre-échange avec les États-Unis ? Dans Le Grand Échiquier, le conseiller présidentiel Brzeziński avait prôné l’hégémonie américaine et l’isolement de la Russie. Ne faudrait-il pas, au contraire, que les Européens constatent la complémentarité de leur continent avec une Union eurasiatique menée par la Russie ?

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