La scène se passe le 22 janvier dernier, dans un restaurant parisien où une soirée-débat est organisée par le Cercle Charles-Péguy, association visant “la reconstruction d’une droite authentique”. L’invité du jour est Yves Pozzo di Borgo, sénateur de et conseiller de Paris, du Nouveau Centre. Dans le contexte actuel, on attend de savoir quel regard porte ce courant sur les récents attentats, leur signification, le climat politique en résultant.

Dès l’introduction, le ton est donné : l’ n’a rien à voir avec ce qui s’est passé. Il y a des terroristes, et des musulmans modérés. Le remède ? Développer le “vivre ensemble”. Nous sommes tous coupables : l’Occident qui a colonisé et déstabilisé le monde musulman, les politiques de la ville qui ont laissé se développer des ghettos. Bref, l’habituel discours bien-pensant, celui qui dégouline à longueur de journée de tous les aux mains de la même caste formatée par les gauchisantes écoles de journalisme. Sur ce plan, Nouveau Centre ou Front de gauche, même combat.

Au premier rang, un impertinent essaie d’engager le débat : “le vivre ensemble” n’est-il pas une formule creuse par laquelle on invite les autochtones à accepter sans réciprocité le mode de vie des nouveaux arrivants ? Pas du tout, répond l’élu du peuple, qui se lance dans une démonstration de langue de bois où brillent quelques perles : “fantasmes” (ceux de l’impertinent susnommé) ; Front national (évidemment). Et surtout les deux pépites qui suivent. La première : les immigrés sont intégrés dès la deuxième génération. “Quoi ? Dans l’immigration actuelle, essentiellement musulmane et africaine ?” s’étonne l’insolent. “Mais oui !” La seconde : l’honorable parlementaire avoue au détour d’une phrase qu’il ne connaît strictement rien à l’, et n’a jamais ouvert un Coran.

Cette scène surréaliste aurait mérité d’être enregistrée et diffusée en boucle, tant elle illustre à quel point le personnel politique a depuis longtemps divorcé avec les réalités. On peut aujourd’hui être sénateur et élu de la capitale française en croyant que l’immigration est la même que celle des années 50 ; on peut répéter inlassablement le “padamalgam” tout en admettant ne rien connaître au sujet.

Tandis que, le débat terminé, l’iconoclaste s’enfonce dans la nuit froide de janvier, un (vrai) fantasme lui vient à l’esprit. Il voudrait pouvoir donner un conseil, ou plutôt deux, à l’élu qu’il vient de quitter.

Qu’il demande une consultation à Michel Onfray, philosophe de gauche athée mais connaisseur de la chose religieuse, qui, isolé dans son camp, explique pourquoi « l’islam n’est pas une religion d’amour, de paix et de tolérance ».

Qu’il loue un appartement incognito dans une zone « sensible » et y vive quelques mois, si possible incluant la période de . Il y côtoiera des immigrés de troisième, voire quatrième génération, souvent français, qui se chargeront de lui montrer qu’il n’a plus affaire à l’immigration italienne, polonaise ou espagnole des Trente Glorieuses.

Mais inutile de rêver. Le concret, synonyme de « Café du Commerce », n’intéresse plus la majorité de nos politiques, obnubilés par le symbole et l’intérêt électoral. Que le peuple se débrouille.

23 janvier 2015

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