Ils ont bonne mine, tous ces justiciers à la petite semaine !

Comme il était voluptueux et facile de se payer le juge Gentil pour la démagogie populaire et l’inculture politique ! Bien plus, évidemment, que de respecter la justice.

Si ces Fouquier-Tinville de bazar avaient été capables de se remettre en cause, ils auraient déjà pris un coup sur la tête avec la validation de l’ensemble de la procédure Bettencourt par la cour d’appel de Bordeaux.

Et, maintenant, une ordonnance de non-lieu justifiée en faveur de .

On va rétorquer que ce magistrat n’a fait que son devoir en statuant ainsi avec impartialité avec ses deux collègues. C’est évident. Mais cette normalité, cette attitude républicaine, tous les contempteurs odieux, vulgaires et méchants du juge Gentil n’auraient-ils pas dû, eux aussi, en faire preuve pour le plus grand bien de la démocratie et leur propre honneur ?

L’ex-président Sarkozy qui n’a cessé durant son quinquennat de mépriser, autant que sa conception désinvolte des devoirs de sa charge le lui permettait, la magistrature, l’État de droit et ces tristounets coupeurs de cheveux en quatre qui ne comprenaient rien à la politique, doit tout de même être bienheureux aujourd’hui. Elle est bien utile, la magistrature, quand on a besoin d’elle et qu’on espère qu’elle ne vous traitera pas comme vous l’avez rabaissée, dénigrée !

Et ces avocats, certains, malheureusement, de haut niveau étant venus médiatiquement — une première ! — non seulement traîner dans la boue le magistrat Gentil mais même — ce qui était un comble — par corporatisme amical et solidaire mettre en cause la qualification juridique de l’abus de faiblesse et la validité de la mise en examen…

Et ces députés d’une inculture judiciaire crasse ! S’autorisant des offenses plus qu’outrancières à l’encontre de ce juge [… ]. Où était donc le scandale sinon dans les invectives d’Henri Guaino, approuvé par une partie du groupe parlementaire, heureusement pas par tous ?

[…] Désaveu cinglant de cette guerre plus politique que judiciaire : les deux juges d’instruction, suivant les réquisitions du parquet, ont rendu une ordonnance de non-lieu au bénéfice de Nicolas Sarkozy, qu’on dit « soulagé ». Contrairement à ce qu’on affirme bêtement ici ou là, les juges « ne jettent pas l’éponge », ils obéissent au droit ainsi qu’à leur conscience.

Dans notre monde toujours prompt à dénigrer et à rapetisser — “Celui qui abaisse, c’est qu’il est bas”, a écrit Henry de Montherlant —, quelle stupéfaction de voir ainsi le pire démenti et la noblesse d’un métier ainsi réaffirmée. Ce non-lieu est d’autant plus significatif qu’il accompagne de nombreux renvois devant le tribunal correctionnel, notamment d’Éric Woerth. Nicolas Sarkozy pourra se vanter d’avoir été distingué sur le plan judiciaire. Un narcissisme dont il se serait passé.

Mais attendons. Une hirondelle judiciaire ne fait pas le printemps.

Qui sera le premier à adresser des excuses au juge Gentil ? Celui-là se grandirait. Donc, n’y comptons pas trop.

Extrait de “Des excuses pour Jean-Michel Gentil“.

7 octobre 2013

À lire aussi

Alain Finkielkraut et Daniel Cohn-Bendit chez LCI : l’un part, l’autre reste !

J'éprouve une forme de nausée face à certains propos de Daniel Cohn-Bendit en 1975 et le 2…