Les aficionados de la liberté d’expression s’en félicitent encore. En avril 2013, aucune sanction disciplinaire n’était venue importuner les auteurs du « » qui raillaient sans distinction parents de victimes de , responsables , humoriste underground et ministre de l’Intérieur en fonction. Et pourtant, les bâtisseurs de ce mur n’étaient pas que des comiques troupiers. Ils étaient aussi l’incarnation même de l’impartialité républicaine – rendez-vous compte – des membres du Syndicat de la magistrature ! Waou… Mais il avait été médiatiquement admis que, passé les horaires de bureau, ces juges exemplaires avaient le droit de décompresser un bon coup.

L’élément de langage qui vint alors clouter cette sympathique affaire avait été « potache ». Le Mur des cons était une vanne « potache ». Et Philippe Schmitt lui-même, père d’une victime assassinée dans un RER en 2007, en sèche encore ses larmes de rire – c’est à n’en pas douter – à l’idée d’avoir été épinglé sur le mur.

Cinq mois plus tard, une autre vanne pas finaude vient émailler nos pages . Nous sommes le 9 septembre 2013 et sort dans la presse la photo de deux militaires en train de faire une « quenelle », vraisemblablement en faction devant une synagogue du XVIe arrondissement parisien. Rappelons que la quenelle n’est pas qu’une spécialité lyonnaise à base de pâte à choux, il peut également s’agir d’un « geste » à mi-chemin entre le bras d’honneur et le « dans ton cul », adressé le plus souvent aux « élites ». Une sorte de lutte des classes en rayon traiteur.

C’est donc bien ce geste culinaire assez gras qui a été décoché par les militaires. Mais cette fois, l’élément de langage qui vient clouter ce fait divers ne sera pas « potache ». Feu nucléaire sur les deux bidasses du 13e bataillon de chasseurs alpins : « Le ministre de la condamne très fermement ce dérapage […] clairement, il y aura sanction. » Au point de vouloir « sensibiliser très fermement toute la chaîne de commandement sur ce geste et ce qu’il peut impliquer » (déclarons ouvert le « Séminaire de sensibilisation aux méfaits de la quenelle »).

En effet, le bras tendu des militaires est « réputé antisémite ». La preuve : il a été « popularisé par Dieudonné » (lemonde.fr). En voilà, une preuve irréfutable. Il est en effet admis que Dieudonné respire, dort, mange antisémite. Dégustez le même plat que lui dans un restaurant, même à l’autre bout de la , vous voilà antisémite. Et avant d’écouter de la musique dans votre iPhone, faites-vous communiquer la playlist de l’humoriste. A priori, Dieudonné aime le jazz. Méfiez-vous donc de Sydney Bechet.

Ainsi « la référence au salut hitlérien est évidemment volontaire » (lepoint.fr). Une vraie info pour les dizaines de milliers de personnes, de 7 à 77 ans, qui se font photographier en train de décocher des quenelles à peu près partout en France et dans n’importe quelles circonstances. Soyons assurés que leur volonté n’est en rien potache. Et l’expression « j’ai glissé une grosse quenelle à mon patron ce matin en réunion » signifie désormais immanquablement lui avoir fait un immense salut nazi sur son lieu de travail.

Entendons-nous bien : jouer au con, quand on est militaire, de faction et en uniforme, est regrettable. L’uniforme oblige. Sauf la robe noire des syndicalistes de la magistrature qui, elle, donne accès au champ du « potache ».

Entendons-nous encore : la quenelle de ces militaires est condamnable s’il est avéré qu’elle s’adressait expressément à une synagogue. Tout comme le fait de scier une croix catholique à Kiev, érigée en mémoire des victimes du stalinisme. Mais la quenelle, elle, ne mène pas à un remerciement de la française, au point de devenir la nouvelle Marianne des timbres-poste. Le droit au mauvais goût est à géométrie variable. Comme la quenelle.

13 septembre 2013

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