Le rapport de Reporters sans frontières (RSF) paru la semaine dernière fustige la « foxisation de l’information » comme une cause d’aggravation des tensions sociales en France. Une analyse qui suscite des interrogations.

D’après RSF, « les médias français, dont les médias publics, sont indépendants du pouvoir politique », mais ceux-ci seraient menacés par « la montée en puissance de l’homme d’affaires Vincent Bolloré, qui met en œuvre des pratiques d’intimidation, pouvant provoquer un bouleversement du secteur ».

Dans la même logique, RSF explique que « les reporters ont fait l’objet de nombreuses attaques physiques de la part des manifestants lors des rassemblements contre les mesures sanitaires liées à la pandémie de la -19 ». Rappelons que ces manifestations sont restées globalement pacifiques, sans beaucoup de troubles à l’ordre public.

Mais la logique de RSF est imparable : la dégradation de la situation en France viendrait des propagateurs de « fake news », dont « certaines chaînes, qui tendent à devenir des médias d’opinion plus que d’information », et ce, alors que « la loi prévoit des obligations d’honnêteté et d’indépendance et de pluralisme de l’information ». De dangereux fomenteurs du « chaos informationnel » dénoncé par les défenseurs du « vrai » journalisme.

À cette occasion, les propos tenus par Céline Pigalle, directrice de la rédaction de BFM TV, lors d’une table ronde, refont surface sur les réseaux sociaux. Intervenant sur « les médias face à la crise », le 25 janvier dernier, lors de la journée de conférences et de débats organisée par l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI), Céline Pigalle y avait tenu ces propos qui interrogent : « Dans un moment aussi où on vous dit qu’on est en et dans un esprit de cohésion générale de la société, vous êtes rappelés au fait qu’il ne faut pas non plus trop troubler les gens. Et finalement, même si on a tenté au maximum de s’extraire de tout ça, il ne faut pas trop aller à rebours de la parole officielle pour ne pas fragiliser un consensus social. » Cet extrait avait été massivement relayé comme un aveu explicite : celui d’un refus de remettre en cause le discours gouvernemental sur la sanitaire. Interrogée à l’issue de la table ronde, Céline Pigalle avait évoqué des « paroles confuses », liées à « un climat global qui rendait la discussion scientifique moins simple, car brouillée par le politique ».

Et comme en écho, Céline Pigalle avait expliqué la rupture de confiance entre les Français et les médias par le lien avec les gilets jaunes : « Des gens qui s’emploient à propager des fake news. » Un propos qu’on a pu retrouver ensuite dans la bouche des proches du Président pour disqualifier les anti-passe sanitaire. Souvenons-nous aussi des propos du Président Macron au sujet des manifestants anti-passe : « Leur attitude est une menace pour la démocratie. » « Il en va de l’existence même des démocraties », ajoutait-il dans un entretien à Match, le 4 août 2021.

Pour restaurer la démocratie, donc, faisons-les taire. Et vite. N'est-ce pas un peu l’idée distillée en filigrane par le rapport de RSF ?

8 mai 2022

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