Tout le monde pensait que l’objection de conscience était une valeur de gauche. La loi Joxe, en 1983, n’avait-elle pas facilité l’obtention du statut d’objecteur de conscience ? Ben, on s’était trompé. Il y a conscience et conscience, certaines ont le droit d’objecter, d’autres ont le droit de fermer leur gueule. Ce n’est pas que le « non possumus » de tous ces maires empêche, au bout du compte, quiconque de se marier, mais ça gâche le goût de la pièce montée. Pour que la joie soit complète, il faut que tout le monde applaudisse, même avec des menottes.

À moins que les « sages » du Conseil constitutionnel ne se décident à jeter un pavé dans la mare. Un pavé à côté duquel l’invalidation des comptes de campagne du collègue Sarkozy peut faire figure de gravillon. Le Conseil d’État leur a donné mission de « se pencher sur la conformité à la Constitution de l’absence dans la loi d’une clause de conscience permettant à un maire de refuser de célébrer un mariage homosexuel ». Las, à se pencher dangereusement comme ça, ils savent qu’ils ont toutes les chances de se casser la binette.

Les juristes appellent ça une QPC, mais c’est en fait une QPCI : question prioritaire de constitutionnalité insoluble. S’ils accordent la liberté de conscience pour les officiers d’état civil, telle que l’a réclamée un collectif de maires opposés au mariage gay après les fameuses intimidations de la « circulaire Valls » du mois de juillet, ils vont se faire conspuer, détruire, laminer par tous ceux qui ont fondu avec fureur sur Hollande après sa piteuse gaffe sur le sujet. S’ils la refusent, ils risquent aussi sec de remettre le feu aux poudres, une pièce dans la machine, un coup d’éperon désastreux dans un public déjà en ordre de bataille qui piaffe de rempiler pour LMPT-Saison 2.

Et tout ce petit monde les attend de pied ferme au tournant : « C’est un non-événement. Que le Conseil constitutionnel se prononce et on pourra enterrer définitivement cette question, je ne suis absolument pas inquiet », a déclaré Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT. La décision du Conseil d’État de transmettre au Conseil constitutionnel est « un premier pas vers la reconnaissance de la liberté de conscience des officiers d’état civil », a écrit de son côté sur son site la Manif pour tous. Il y a des moments dans la vie où l’on rêve de faire son Ponce Pilate à boutons de manchette et aller se laver les mains dans les lavabos du Conseil constitutionnel pour se barrer discrètement par derrière. Faute de mieux, on a renvoyé au 18 octobre la mise en délibéré de la question prioritaire sur laquelle on aurait pu statuer mardi. Cela laisse le temps de souffler un peu.

Au Conseil constitutionnel, il n’y a que des « sages ». Il est donc fort possible, eu égard au pouvoir de nuisance respectif des camps en présence, que l’on choisisse, avec prudence, comme l’an passé, la procédure habituelle : ne se froisser à aucun prix avec ce qui compte dans ce pays et envoyer paître sans ménagement les requérants.

N’empêche que ces temps-ci, on a vu déambuler dans le quartier un nombre anormalement élevé de sweat-shirts roses. Et vous savez que l’arrivée des sweat-shirts roses, c’est comme le départ des hirondelles : signe de mauvais temps qui se prépare.

8 octobre 2013

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