Editoriaux - International - Politique - 15 juin 2014

Liban : les ambitions cachées du Hezbollah

C’est un peu l’élection oubliée du calendrier politique et diplomatique.

Elle a déjà connu six tours de scrutin en moins de deux mois : 23, 30 avril, 7, 15, 22 mai et 9 juin. Six tours pour rien et il se pourrait que la « mascarade » dure jusqu’en septembre, au moins. Car, au Liban, cette « terre du lait et du miel », rapporte la Bible, rien n’est simple. Surtout en politique.

Ainsi, le Premier ministre sunnite, Tammam Salam, qui a été désigné le 5 avril 2013 n’a pu former son gouvernement que le 15 février dernier, soit après dix mois d’âpres négociations. Il fallait, au nom du Pacte national, se répartir les postes régaliens entre les mouvements du 8 mars (pro-syrien) et mouvements du 14 mars (anti-syrien). Autre exemple de la complexité politique libanaise : les élections législatives qui devaient se tenir le 9 juin 2013 ont été reportées sine die. Ou, plus exactement, le mandat des députés élus en 2009 a été prorogé jusqu’en novembre 2014 (au moins), en attendant que les principaux partis se mettent d’accord sur une nouvelle loi électorale. Beaucoup de partis, le Hezbollah en tête, considèrent que celle de 1960 toujours en vigueur est désuète, obsolète.

En fait, il faut voir, derrière ces blocages, y compris pour l’élection présidentielle, la mainmise du Hezbollah qui souhaite instaurer la tripartition politique (et géographique ?) du Liban (un tiers sunnite, un tiers chiite et un tiers chrétien) quand aujourd’hui la répartition s’effectue par moitié au Parlement : la moitié des 128 sièges est dévolue aux chrétiens (maronites, orthodoxes) et l’autre moitié aux autres communautés, en majorité musulmanes. À noter que cette tripartition existe déjà au sommet de l’État : le président de la République est chrétien maronite ; le Premier ministre sunnite et le président du Parlement est chiite.

Ancrer cette tripartition nécessite de revoir différents textes fondamentaux et surtout cette loi électorale de 1960 qui, aujourd’hui, garantit la liberté de vote : un maronite peut voter pour un député chiite, un orthodoxe, un druze ou un sunnite, et réciproquement. Seulement le Hezbollah et son allié Amal ne l’entendent plus de cette oreille. Ils veulent, dans la prochaine loi, « confessionnaliser » le vote : un chrétien ne pourrait voter que pour un chrétien, un druze que pour un druze, un chiite que pour un chiite, etc.

Or, cette même loi attribue une répartition des sièges par confession religieuse et par circonscription électorale. Dans certaines d’entre elles, les chrétiens ne peuvent aujourd’hui voter que pour un chiite ou un sunnite. Qu’adviendrait-il s’ils avaient à l’avenir l’obligation de voter pour un chrétien alors qu’il n’y a pas de candidat chrétien ? Ils seraient privés du droit de vote ! Les objectifs affichés du Hezbollah, soutenu en sous-main par l’Iran, sont clairs : reprendre la main politique, écrire une Constitution qui lui soit favorable, chasser les impies chrétiens du Liban et en faire un état complètement musulman. Le sud du pays est déjà entre ses mains.

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