Editoriaux - International - Politique - 27 août 2013

Liban : l’automne 2013 s’annonce chaud

Chaleur moite à Beyrouth, atmosphère lourde. Mardi dernier, l’université (catholique) Saint-Joseph de Beyrouth annonçait sur Twitter le décés de Mohamad Mhaidly, l’un de ses étudiants (musulman chiite), victime de l’attentat à la voiture piégée du jeudi 15 dans le quartier (chiite) de Roueiss à Beyrouth. 27 tués, plus de 300 blessés, hommes, femmes, enfants, tous âges, toutes confessions.

Scènes de liesse dans certains quartiers sunnites. Ce vendredi 23 août, 20 tués, plus de 500 blessés à Tripoli, joyau architectural et touristique coupé du monde depuis des semaines : les milices alaouites et sunnites s’y affrontent… Certains croient à une vengeance du Hezbollah… qui sait ?

Répliques sanglantes de l’aventure du “Parti de Dieu” au côté du pouvoir syrien ? Vengeances de la résistance syrienne à l’appui apporté par une partie du peuple libanais à Bachar el-Assad ? Instrumentalisation des Palestiniens ? Déstabilisation provoquée par une puissance étrangère pour voir toute la région s’embraser ? Les chrétiens sont-ils la prochaine cible de ces assassins ? À qui profite le crime ?

Au , nous aimons bien les Syriens, surtout lorsqu’ils restent chez eux. Trente ans d’occupation militaire, de mise en coupe réglée de notre petit pays nous ont permis de bien les cerner. Ceux qui reviennent aujourd’hui, riches entrepreneurs ou travailleurs manuels, chrétiens et musulmans sont un peu moins fiers qu’il y a dix ans. Mais ils sont là, et ils nous “envahissent” de nouveau. Il paraît qu’ils représentent près d’un quart de la population totale du . L’immobilier flambe et le coût de la main d’œuvre baisse de façon vertigineuse. Mais que voulez-vous, l’hospitalité, chez nous, c’est la tradition, alors on accueille les gens de passage… avec leurs problèmes…

Ce qui change aujourd’hui, c’est que les Syriens, comme les Égyptiens, les Jordaniens et nous les Libanais, sommes tous confrontés à une bande de détraqués capables des pires horreurs. L’Occident se focalise sur l’utilisation possible de produits chimiques par Assad en passant sous silence les crimes atroces commis par les “opposants”. Mais le danger existe réellement de voir toute une région basculer dans la violence pour une simple question de survie ! Les communautés chrétiennes, antérieures de six siècles à la présence musulmane, auront-elles le droit de vivre en Syrie et au Liban dans cinq ans ? Les Druzes, les chiites ou les alaouites auront-ils une place dans le monde qu’ils veulent nous imposer, ou sont-ils tous condamnés à finir vivants, mais émigrés dans les banlieues occidentales, à traîner leur mal-être et à voir leurs enfants sombrer dans la délinquance ? Ne parlons pas des rares athées ou libres-penseurs de la région qui se verraient décapités dans l’heure !

La charia ? Non merci, je veux pouvoir siroter mon arak place des Martyrs en lisant un roman de Michel Déon tout en contemplant la chevelure de mes filles !

Ce que tout le monde constate, en tout cas, c’est l’impéritie de nos hommes politiques, sidérés par les enjeux, paralysés par l’idée de faire le mauvais choix. Et ils prétendent construire un État !

Certains demanderont à bon droit ce que le Hezbollah recherche en se lançant dans l’aventure syrienne. Assad n’est en effet certainement pas le type le plus recommandable de la région. Les autres répondront que nul ne peut laisser les “islamistes” prendre le pouvoir en Syrie avec la complaisance béate d’un Occident ignorant. À moins, bien sûr, que quelqu’un de très puissant n’ait tout intérêt à s’implanter durablement dans la zone sous un prétexte humanitaire, par exemple, et y exploiter à son profit les formidables ressources de la région.

On n’ose envisager un tel cynisme…

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