Mi-novembre, j'écrivais que l'élection de Trump pouvait sortir l'Europe de sa paresseuse léthargie concernant sa défense. Il semble qu'un mouvement soit enfin lancé, avec une initiative qui va réunir un prochain sommet des 28 sur la question. Certes, l'appel est loin encore d'une charge de cavalerie avec trompettes audibles jusque dans les lignes ennemies. L'initiative ressemble plutôt à un précautionneux « ramping » en terrain couvert par le camouflage OTAN…

Précaution liminaire évitant les idées fausses, il ne s'agit en effet aucunement de prendre - à ce stade - sa vis-à-vis de l'Alliance atlantique et d'assumer librement et totalement ce rôle majeur qu'est la défense de sa souveraineté incombant pourtant à toute nation. L'Europe n'en est pas une, bien que nos passeports nous trompent en indiquant une appartenance à une communauté supranationale. Le mouvement est amorcé autour d'un « Fonds de défense européenne ».

La consonance "défense" est proche de "dépense" et pourrait égarer la légion de traducteurs qui officient auprès de la Commission et du Parlement. En réalité, l'erreur ne serait pas dommageable aux directives futures car il s'agirait bien de mettre au pot commun des investissements couvrant "la recherche et le développement conjoints de technologies et d'équipements de défense". En somme, éviter les concurrences passées qui ont conduit à développer des matériels différents pour des missions identiques, tels le et l'Eurofighter, pour ne citer que l'exemple le plus manifeste.

À l'instar de la PAC, le FDE - se rappeler désormais ce nouveau sigle - serait un nouveau budget d'aide au "développement conjoint de capacités". Je rappelle que la première compte pour presque plus de 40 % du budget européen. Une contribution supplémentaire qui devrait peser quelques dizaines de milliards d'euros nécessitera donc de nouvelles ressources, sauf à reconsidérer celles consenties à l'agriculture.

À l'échelle de la Communauté, on procéderait alors à l'inverse de la France, qui fait depuis des lustres du budget des armées une variable d'ajustement pour tenter de réduire le déficit héréditaire imputable au social.

La mutualisation des moyens, sous couvert d'objectifs technologiques et industriels communs, ne peut que conduire à une d'échelle, en même temps qu'amorcer l'interchangeabilité future. La coordination étant déjà faite sous le couvert de L'OTAN - ce qui constitue un acquis opérationnel -, il est certain que l'emploi de matériels identiques et interconnectés constituerait une avancée notable dans les domaines de la réactivité et de l'efficacité. Le corollaire positif serait également la standardisation des armements utilisés et, donc, la réduction des coûts de développement. De même, la mise en commun éventuelle des moyens de maintenance pourrait entraîner des économies substantielles et améliorer la disponibilité générale des armes et leur interopérabilité. Enfin, ne plus acheter des matériels aux USA - voir la Pologne, récemment encore - contribuerait à la dynamique industrielle communautaire.

En préambule du mouvement de reptation communautaire en tenue de combat, il est rappelé que la crainte de transformation du parapluie de l'OTAN en ombrelle gracile sous la houlette du futur président américain, le britannique et le « redoutable » voisinage russe ont changé la donne en matière de sécurité du continent. C'est si vrai qu'en attendant les indispensables échanges avec Poutine annoncés par notre prochain président dès juin prochain, la France participe en catimini au déploiement d'une unité militaire à l'est de l'Europe.

Oui, sans publicité excessive, un détachement comprenant 300 soldats, 5 chars, 12 véhicules de combat d'infanterie sera prochainement envoyé en Estonie et placé sous le commandement du bataillon britannique de l'OTAN. Il n'est pas précisé si les Leclerc sont rénovés et interopérables avec le Challenger anglais. Mais Poutine, ce dangereux velléitaire, n'a qu'à bien se tenir !

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1 décembre 2016

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