Les européennes ne sont plus qu’une occasion risible de lapider le bouc émissaire bruxellois, accusé de tous les maux, chargé des péchés nationaux et poussé à l’abattoir des souverainetés nationales. Mais l’herbe est-elle réellement plus verte dans nos frontières « souveraines » ? Que peut-il encore pousser sur une herbe piétinée par des soixante-huitards fainéants assis sur leurs avantages en idolâtrant un État-providence suffoquant ?

Car au fond, vous allez en faire quoi, de votre souveraineté ? Croyez-vous que qui que ce soit dans cette République sclérosée et jacobine puisse entreprendre la moindre réforme structurelle sans s’attirer toute la haine capitalisée depuis des décennies dans les syndicats, ces chiens de garde des régimes préférentiels, des horaires de travail antistakhanovistes et autres retraites dorées ? Croyez-vous qu’une reprise en main de notre industrie, à coups de nationalisations forcées, couplée à une banque centrale qui jouerait au Monopoly avec la monnaie, va faire plier les fonds de pension américains et l’industrie chinoise ? Croyez-vous que des barricades de village gaulois aux frontières vont arrêter d’un coup net les immenses flux mondiaux de l’immigration ?

Un peu de bon sens. Cette vieille République en a bien profité, mais elle vit maintenant sur ce qu’elle n’a plus. Le mythe s’écroule. Non, il n’y a pas de corne d’abondance dans les mamelles de Marianne, desquelles jaillirait du lait bienfaisant pour les millions de fonctionnaires, pour les projets industriels nationaux (le Minitel…), pour le système de subvention massif aux médias, à l’art, aux grandes écoles publiques, aux syndicats, aux amis et aux amis des amis. Et qu’on ne vienne pas au petit jeu malsain de la concurrence nihiliste avec l’Europe. Car si la déesse a maintenant un visage de mutant (Conchita…), croyez-vous qu’il soit possible de faire les fiers républicains avec notre Marianne Femen ?

Évidemment que la construction européenne file un mauvais coton nihiliste. Les 40.000 de Bruxelles, leurs centaines de lois votées par jour, dont aucun député n’en connaît plus de 5 %, et la géopolitique catastrophique prouve que les types qui tiennent les manettes sont plutôt douteux. Mais que nul ne vienne me dire que ceux pour qui la foi en la construction européenne consiste intégralement dans l’abstention au Parlement européen vont gérer la France d’une main de fer. L’Europe, on l’aime ou on la quitte. Mais on n’y représente pas la France pour finalement laisser les autres faire à sa place et critiquer le transfert de pouvoir.

Certes, la souveraineté n’est peut-être pas la des imbéciles ; alors, qu’on prenne en main la construction européenne, qu’on abandonne nos illusions sur une France forte, mais solitaire, et surtout qu’on nous laisse, nous, individus, réellement souverains : ni entretenus par une République socialiste, ni massacrés par une Union européenne soviétique. Et n’oublions pas, enfin, qu’il n’y a pas de réelle souveraineté sans un… souverain !

18 mai 2014

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