C’est d’abord sorti dans la presse russe, puis l’information a été relayée sur les blogs de réinformation américains et, aujourd’hui, les grands médias d’outre-Atlantique (CNN, NBC News) y consacrent des pages entières sur leurs sites en ligne. Mais rien n’a encore filtré dans la presse française. Pourtant, les détails fournis sont suffisamment précis pour en faire état. Ahmed Chataev, qui est aujourd’hui suspecté par le renseignement turc d’être le cerveau du massacre perpétré à l’aéroport d’Istanbul (leurs homologues américains abondent dans le même sens), a été protégé par l’Europe.

Sa carrière de tueur a débuté en 1999, lorsqu’il prit part à la seconde guerre de Tchétchénie (1999-2000). Il y perd un bras et, en 2003, recherché par toutes les forces de police russes, il s’enfuit en Autriche et y obtient le statut de réfugié politique, arguant qu’il aurait perdu son bras suite aux sévices atroces (sic) qu’il aurait subis des Russes. Très vite, il obtient un passeport autrichien qui va lui permettre de se déplacer librement en Europe.

En 2008, il se fait surprendre à Trelleborg en Suède avec, dans son véhicule, des explosifs, des fusils d’assaut de type kalachnikov et des munitions. Il écope d’un an de prison ferme. En 2010, il est à nouveau appréhendé par la police, cette fois en Ukraine. Son téléphone portable contient des documents sur les techniques de démolition par explosif. La Russie demande son extradition auprès de la Cour européenne des droits de l’homme dont elle est membre tout comme l’Ukraine, mais n’obtient pas satisfaction, les juges ayant été sensibles aux arguments d’ qui était monté au créneau au prétexte que la Russie ne pourrait lui garantir un jugement équitable et qu’il y risquait la torture (11 janvier 2010).

En 2011, Chataev est à nouveau arrêté au moment où il tentait de franchir la frontière entre la Bulgarie et la Turquie, mais il est immédiatement relâché au motif de son statut de réfugié politique. Entre 2012 et 2015, il rejoint des milices islamo-tchétchènes qui opèrent en Géorgie. Lors d'une embuscade dressée par les forces gouvernementales, il est fait prisonnier, puis remis en liberté quelques semaines après l’arrivée au pouvoir du très pro-occidental Bidzina Ivanichvili. Début 2015, il refait son apparition sur une vidéo YouTube où il se présente comme le chef de la brigade Yarmouk intégrée au sein des forces de l’État islamique.

Cette affaire est grave. Elle soulève au moins deux questions.

D’une part, elle fait apparaître qu’il suffit d’être un ennemi de la Russie pour que l’Europe vous déroule le tapis rouge. Et cette fois, inutile de nous sortir l’excuse de la Crimée : les faits remontent à 2003, donc bien avant la crise ukrainienne. Le fait est que l’Occident est prêt à donner asile au diable dès lors que celui-ci s’attaque aux Russes. La crise ukrainienne a servi de prétexte pour justifier une politique agressive envers Moscou qui n’a aucun fondement légitime et qui date de la chute de Boris Eltsine. L’OTAN veut bel et bien détruire la Russie et les morts d’Istanbul en ont été les victimes collatérales.

Comment un individu dont la présence dans l’espace Schengen résulte du droit d’asile a-t-il pu être pris en flagrant délit de trafic d’armes de guerre (en Suède) sans perdre le bénéfice de ce droit d’asile ?

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8 juillet 2016

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